Alors que le Québec devra faire appel à l’expertise de ses géographes pour son ambitieux Plan Nord, l’Université de Montréal délaisse son département de géographie.
En visitant le pavillon Strathcona abritant le département de géographie de l’UdeM, je n’ai pu m’empêcher de penser que cinq courtes minutes dans le 51 peuvent parfois offrir ce qu’il faut de dépaysement. Oubliez les sept écrans plats par salle et les smartboard à tour de bras, à Strathcona, le minimum n’est pas acquis.
Le 20 septembre dernier, un article de La Presse de Montréal interpellait le public sur un problème d’insalubrité dans le pavillon, L’Intérêt est allé à la rencontre des membres des deux associations étudiantes de géographie, Nikola, Tamylia et Isabelle, pour en savoir plus sur un problème qui ne date pas d’hier.
En effet, le département de géographie avait été logé dans cette ancienne école primaire loué auprès de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys de façon temporaire. Trente ans plus tard, le temporaire s’est transformé en permanent, mais l’ancienne école n’est pas adaptée aux besoins de recherche et d’enseignement universitaire : les espaces de travail sont quasi inexistants, les salles de classe petites, les bureaux insuffisants, l’éclairage sporadique et les rideaux lacunaires. À la session d’hiver 2011, étudiants, professeurs et personnel ont donc formé un comité dédié à la rédaction d’un plan de réaménagement et de travaux afin de rendre « l’école » plus fonctionnelle. Depuis, certaines améliorations esthétiques ont été complétées sans pour autant que le cœur du problème ne soit résolu : le pavillon est encore sale, déprimant et délabré.
Cet automne, le piètre état du pavillon est revenu sur le devant de la scène lorsque les laborantins d’aérobiologie, tirant profit de leur matériel de scientifiques, ont découvert que les taux de concentration de spores d’Aspergillus représentaient le double du seuil acceptable dans deux de leurs salles de cours qui ont donc dû être condamnées. L’UdeM a alors fait nettoyer les salles qui ont pu être rouvertes mais la mesure n’est que cosmétique. Les murs extérieurs de la bâtisse sont fissurés et des bassines entières d’eau se forment au rez-de-chaussée à chaque forte pluie.
Le futur pavillon des sciences ou le département de géographie devra être relocalisé ne sera pas prêt avant plusieurs années et les professeurs et étudiants sont de plus en plus indignés de l’indifférence à laquelle ils font face. Ils regrettent que l’UdeM ne fasse pas le nécessaire afin d’assurer à 350 de ses étudiants des conditions de travail adéquates. Nikola Wagner de l’association des étudiants des cycles supérieurs déplore que le décalage entre les départements soit si grand. « Cela ne reflète pas la position de leadership que l’Université de Montréal veut avoir ». Et à Tamylia Elkadi, étudiante au 2e cycle, d’ajouter : « Le département de géographie de l’UdeM est en concurrence avec ses semblables dans le reste du pays et des États-Unis afin d’attirer les étudiants et les professeurs ». Si à court terme les étudiants restent attirés par la profession, avec une clientèle en hausse, à long terme, c’est la qualité de l’enseignement et de la recherche qui risque de se détériorer. Tamylia reprend : « Il y a des échos comme quoi des professeurs pensent quitter le département, mais même sans cela, comment pouvons nous attirer les jeunes professeurs de qualité dans de telles conditions? Cela est d’autant plus critique que dans un horizon de 5 ans, un tiers de nos professeurs partiront à la retraite ».
Les professeurs et étudiants du département continuent donc leur bataille pour des conditions optimales de travail. Le 26 septembre dernier, une pétition a été lancée et de nouvelles analyses sur le taux de moisissures dans les étages supérieurs ont été réclamées. Isabelle Brûlé de l’association des étudiants de premier cycle ajoute : « Nous voulons sensibiliser le reste des étudiants à notre cause et avons eu une rencontre avec des représentant de la FAÉCUM qui vont transférer notre dossier auprès du vice-rectorat aux finances et à l’infrastructure ».
Quant aux raisons d’une telle négligence, Nikola, Tamylia et Isabelle invoquent une cause…géographique, le pavillon Strathcona se trouve à la frontière du quartier résidentiel d’Outremont, isolé du reste de l’université. « Bien que le nombre d’étudiants n’arrête pas de croitre chaque année depuis 5 ans, nous ne sommes encore que 350 étudiants, perdu loin du campus et pas très présents lors des prises de décisions, ils ont tendance à nous oublier » ajoutent les étudiants.

