Tarzan Nutrition: Entre insectes et entrepreneuriat

« Ben voyons, personne ne va manger des insectes! »

Cette phrase, Uros Petricevic, jeune sherbrookois diplômé de HEC Montréal, l’a entendu maintes fois lorsqu’il a eu l’idée de fonder Tarzan Nutrition, une entreprise de produits de collation à partir de farine de criquets. Le Journal L’Intérêt s’est entretenu avec cet entrepreneur sur ce projet inusité qui le passionne.

Tout d’abord, parle-moi de toi, de ton parcours personnel et professionnel.

J’ai commencé à étudier à HEC, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire. Finalement, je suis allé en comptabilité, mais j’ai réalisé que je ne voulais pas en faire mon métier. En fait, j’avais deux rêves : être entrepreneur et contribuer au monde. Puis, j’ai réalisé qu’il n’y avait pas de recettes magiques, qu’il fallait juste essayer.

Tu as fondée Tarzan Nutrition avec ton colocataire Vincent Sergerie-Jeannotte. Comment avez-vous eu l’idée de faire ce projet?

À HEC Montréal, j’ai pu faire un échange étudiant en Belgique, c’est à partir de ce moment-là que je me suis mis à être super ouvert d’esprit. Un jour je me suis renseigné sur l’élevage de protéines animales, les alternatives. C’est là que je suis tombé sur les insectes avec «Insectes comestibles, perspectives pour la sécurité alimentaire et l’alimentation animale», un rapport de la FAO (la Food and Agriculture Organization des Nations Unies). J’en ai fait part à mon coloc qui m’a dit que des insectes il en mangerait ! Je me suis dit que si lui en mangerait, d’autres aussi. J’ai ensuite parlé de l’idée à mon entourage qui m’a trouvé ridicule, mais je suis resté accroché à mon idée.

Logo de Trazan Nutrition
Logo de Trazan Nutrition

Comment la recherche et le développement ont commencé, lorsque vous avez commencé à concocter les recettes par exemple?

Le côté recette, c’est plutôt Vincent qui s’en est chargé vu que sa mère est maître chocolatière. Moi, je regardais la meilleure façon de présenter le produit. Je lisais toutes les recherches qu’il y avait sur le sujet, les sondages, etc. Je suis arrivé à la conclusion que ce devait être un produit à base de farine de criquets, que de voir les insectes n’était pas une bonne idée pour que ce soit intéressant à la vue. Ensuite, je voulais absolument qu’il y ait du chocolat dedans, car tout le monde adore le chocolat (rires).

Qui ont été tes premiers partisans?

Ma première vente a été mon plus gros partisan. J’étais dans un petit resto, je racontais mon idée à ami, lorsque je réalise que le gars à côté de moi m’écoute, mais il est vraiment fixé sur moi (rires). Il m’a dit : «Je suis en train d’ouvrir un gym à Sherbrooke, ton projet veux-tu vraiment le faire?». Je lui ai répondu qu’en deux semaines on serait prêt. J’ai appelé mon partenaire qui me dit : «tu es fou, la recette n’est pas finie, on n’a pas d’emballage, et toi tu as déjà fait des ventes !» (rires). En deux semaines on a finalisé les recettes, l’emballage, le design, tout pour lui livrer. Les boutiques de Sherbrooke m’ont aussi beaucoup aidé. Les propriétaires n’étaient pas convaincus du produit, mais ils m’ont tous laissé une chance. La mère de mon coloc nous a aussi donné de précieux conseils de ventes. Sans elle, on n’aurait pas pu faire cela.

Comment envisages-tu la croissance de Tarzan Nutrition et les défis futurs qui t’attendent?

D’ici un an, je me vois comme un leader au Québec, présent au Québec dans tous les magasins santé, bio, quelques épiceries, dans les gym. À plus long terme, je veux m’étendre au Canada, aller chercher éventuellement le marché des États-Unis, qui est un énorme marché. Le défi sera surtout de passer à la production en usine. On travaille présentement là dessus. Il faut aussi s’assurer que mes recettes ne soient pas dénaturées [par ce nouveau type de production]. Il y a aussi un gros défi de financement. Ce sont les défis à court et moyen terme.

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As-tu des conseils à donner à quelqu’un qui souhaite commencer son entreprise?

Le principal conseil, c’est d’oser se lancer. Si ça ne marche pas, ce n’est pas grave, il ne faut pas avoir peur d’échouer. Comme le financement est souvent un défi, il faut commencer vente par vente, ne pas avoir tout de suite un gros modèle d’affaires. Certains font une grosse prévision de ventes de 100 000$ la première année, alors qu’ils n’ont rien vendu jusque-là, n’ont aucun client et vont chercher du financement avec cet objectif. Ma vision des choses, c’est commencer petit, aller valider le marché, voir si les gens s’intéressent, ce qui est assez possible de faire avec son propre argent. Une fois que le modèle est validé, il s’agit d’aller chercher plus d’argent en étant convaincant et motivé par le projet.

En terminant l’entrevue, Uros m’a gracieusement fait goûter l’une de ses barres à la lime, canneberges et chocolat blanc. Le verdict? J’ai été agréablement surprise à quel point c’était savoureux. Cette sorte me rappelait les fameux suçons jaunes de mon enfance. J’ai été conquise et je lui en ai commandé. Si vous êtes curieux ou si vous voulez en savoir plus, consultez www.tarzannutrition.ca.

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