L’exception à la règle
Si vous connaissez cette ville, il y a de grandes chances que ce soit en raison de son équipe de football. La municipalité de Green Bay, qui ne compte que 100 000 habitants, est la plus petite ville nord-américaine à loger une équipe de sport professionnel aujourd’hui. Le secret? La passion!
Alors que le sport professionnel s’est transformé en une véritable industrie au cours du 20e siècle, l’une des plus anciennes formations du football américain est encore et toujours un organisme sans but lucratif. Pourtant, le sport le plus regardé par les Américains est un marché très profitable aux États-Unis. Les règlements de la NFL (National Football League) interdisent aux clubs d’offrir des partenariats corporatifs et les obligent à être des propriétés privées.
Les propriétaires doivent, à défaut d’être seuls, constitués d’un petit groupe d’individus dont un détient au moins le tiers des parts de la franchise. L’exception à la règle est la suivante : la troisième équipe la plus vieille du circuit, un modèle de réussite du sport professionnel, qui sera impossible à répéter avec les réalités du 21e siècle. Les Packers de Green Bay sont la propriété des citoyens de l’endroit, petite municipalité du Wisconsin. Green Bay a été fondée en 1634 par Jean Nicolet, un des hommes de Samuel de Champlain.
La propriété des amateurs
C’est l’initiative d’un joueur devenu le premier entraîneur de l’équipe en 1919 qui est à l’origine de cette merveilleuse histoire d’une communauté unique au monde. Les succès de l’équipe menée par Curry Lambeau ont permis à l’équipe d’intégrer les rangs de la NFL en 1921. D’ailleurs, le nom « Packers » provient de l’employeur du fondateur en 1921, l’Indian Packing Company, impliquée dans l’industrie de l’alimentation en canne. Le supérieur de Lambeau lui a fourni 500 $ pour de l’équipement en retour d’une représentation pour le nom de l’équipe. En 1923 vient l’incorporation publique de la franchise, menée par cinq hommes d’affaires de la ville nommés les « Hungry Five », qui désiraient plus que tout au monde le maintien des activités de l’équipe à Green Bay. Aujourd’hui, les 100 000 résidants de la ville sont propriétaires des 4 750 937 actions de l’équipe. Afin qu’aucun actionnaire ne devienne majoritaire et prenne le contrôle de la société, il est impossible pour un individu de détenir plus de 200 000 actions.
Le Lambeau Field de Green Bay peut accueillir 70 000 spectateurs, dans cette ville de 100 000 habitants.
Après 90 ans, les Packers sont toujours partie prenante du championnat de football américain, malgré le fait que toutes les autres équipes soient des propriétés privées à but lucratif. Son charme et son histoire font d’elle une des équipes les plus populaires du prestigieux circuit. Malgré le petit bassin de population, une liste d’attente de 70 000 noms s’est accumulée pour l’obtention de billets de saison des Packers de Green Bay. Des revenus de 232 M$ pour une société appartenant à la communauté, c’est assez particulier, surtout pour une ville de la taille de Green Bay, qui a un budget de 100 millions pour 2010. Le résultat net de son équipe de football, 20 millions, représente alors le cinquième du budget municipal.
L’exception
Ce qui est le plus particulier dans le dossier, c’est que ce modèle de société communautaire n’est plus imitable dans le sport professionnel aujourd’hui. Par exemple, la ville de Québec, avec un budget annuel de 500 M$, ne pourrait acheter une équipe de hockey valant entre 100 et 200 millions. C’est que les citoyens, bien que fans de hockey, n’accepteraient pas de devoir payer 20% à 40% plus de taxes municipales pour le simple retour des Nordiques. C’est sans effleurer la question de l’amphithéâtre et du prix des billets pour assister aux matchs. Plus incroyable que cela puisse paraître, les citoyens sont venus en aide à l’équipe lors de creux de vague à trois reprises en 90 ans d’existence. En 1935, 1950 et 1997, trois générations d’actionnaires ont voté en faveur d’une vente d’actions afin de refinancer l’équipe.
Si la ville désirait vendre cet organisme aujourd’hui, elle encaisserait un montant approximatif d’un milliard de dollars, selon le magazine Forbes. La prospérité de la municipalité serait assurée pour au moins une décennie puisque c’est dix fois le budget annuel de la ville. Pourtant, ça n’arrivera pas. Les gens de l’endroit sont des passionnés, de génération en génération, quoi qu’il arrive. Les Packers de Green Bay sont l’exception qui démontre que la passion est plus forte que tout dans le monde du sport. Vivement le retour des Nordiques!
