Le Siècle de la Rupture (Épisode 1)

Sans précédent. À l’heure où la Mondialisation connaît son apogée, où le numérique est passé en un éclair de simple outil de travail à composante essentielle de notre mode de vie, et où les conflits idéologiques toujours brûlants déchirent les puissances de notre monde, tout s’accélère, nos repères se dérobent, dans un environnement mondial plus complexe que jamais. Des bouleversements qui coïncident avec notre entrée dans le 21e siècle, dans lequel nous avançons désormais avec prudence, car nous nous apprêtons à vivre un tournant décisif de notre Histoire.

 

Épisode 1 : Richesse et Pouvoir


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Richesse ou Pouvoir ? Si l’on nous demandait aujourd’hui de choisir entre les deux, nous pourrions aisément répondre : « Les deux, c’est la même chose ». Et pour cause. Là où les libertés individuelles de l’État démocratique sont louées, l’obscur pouvoir de la Finance n’est jamais loin. Nul n’ignore désormais que le pouvoir politique des gouvernements est limité et balisé par l’influence toujours plus écrasante des grandes entreprises et grands groupes financiers. Qu’en est-il exactement de ce rapport de force ?

L’avènement du système capitaliste de la seconde moitié du XXe siècle nous a allègrement incités à poursuivre le XXIe sur la même lancée. Oui mais voilà, la crise de 2008 a infligé un sérieux coup aux économies occidentales, celles-là mêmes qui concentrent l’essentiel de la richesse mondiale, et même aux pays émergents. Une rupture, un échec dont l’ampleur surpasse la crise de 1929, pour la simple et bonne raison que nos économies sont aujourd’hui infiniment plus connectées et interdépendantes qu’il y a 80 ans.

Suffisant pour contester le système, pas pour en changer. C’est là qu’intervient un grand paradoxe de l’économie : la seule règle, c’est qu’il n’y a pas de règle. Autrement dit, dès que nous croyons en comprendre les rouages, elle nous prend à revers, et l’Histoire l’a démontré. La remise en question du modèle économique qui suivit la crise est restée relativement stérile, nous avons été incapables de  tirer des leçons de cet échec retentissant . Embourbés dans un individualisme exacerbé et pressés par notre indicible désir d’accumulation, nous continuons à nous enfoncer dans les sables mouvants d’une dette qui ne cesse de s’alourdir, inhérente au système bancaire qui a fait le succès du capitalisme. Loin d’être très solide, l’économie se fragilise de plus en plus, à tel point que nous ne faisons que retarder l’inéluctable prédiction de nombreux économistes : la crise est devant nous, et nous fonçons droit sur elle.

En découle la problématique de la gouvernance. Avec là aussi un paradoxe de taille : on doit composer avec d’une part une société dite démocratique dans laquelle la liberté individuelle est la valeur primordiale, de l’autre avec une économie de marché que l’on se doit de contrôler un minimum pour éviter son implosion.

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Contrôler, ne pas contrôler ? Telle est la question. C’est pris dans cette tenaille que les élus continuent à faire campagne. Premiers désignés responsables des difficultés causées par un système qui les dépasse autant que nous, ils sont contraints de s’adapter à un monde politique lui aussi en pleine mutation depuis le début des années 2000. Ils subissent notamment la montée en puissance d’Internet et des réseaux sociaux, qui est à l’origine d’une surmédiatisation dont ils peuvent tirer avantage comme en être victimes. Chaque discours, chaque phrase, jusqu’à chaque expression faciale des politiciens peut être diffusée à très grande échelle en une fraction de seconde pour être analysée, décryptée, moquée, parfois même encouragée. Dès lors, la forme prend largement le dessus sur le fond : le discours politique se mue plus que jamais en message de persuasion pour s’attirer les faveurs d’un électorat, et enterre par la même occasion le débat sérieux supposé nous mener à des décisions cohérentes. Et la démocratie avec lui.

Ce phénomène est lui-même révélateur d’une scission avec le passé, car ce fouillis de discours interposés échappe au contrôle de tous. C’est un peu le revers de la médaille qu’impose la diffusion des réseaux sociaux. En effet, le temps où une élite intellectuelle plus éduquée dominait le débat politique des nations semble sur le point d’être révolu. Il est aujourd’hui éparpillé dans un espace désordonné dans lequel chacun donne des opinions à tout bout-de-champ. Un capharnaüm au sein duquel se démarquent tant bien que mal ceux qui sont amenés à nous diriger. Une nouvelle ère qui va jusqu’à être jugée d’« invasion des imbéciles » (à propos du débat politique ouvert à tous grâce aux réseaux sociaux) par l’intellectuel italien Umberto Eco.

De tous les enjeux qui vont secouer l’Humanité du XXIe siècle, celui de la gouvernance politique est peut-être le plus imprévisible d’entre eux, à long terme tout au moins. Les États-Unis d’Amérique en sont une belle illustration, avec la première élection historique d’un président d’origine afro-américaine en 2009 en la personne du charismatique Barack Obama, ainsi que la présence inédite au second tour d’une femme pour 2016, Hilary Clinton, et d’un homme d’affaire, Donald Trump. Des changements aussi encourageants que déroutants, mais qui ne laissent pas indifférents. En marge de cela, une profusion de mouvements populaires élève progressivement leurs voix pour faire avancer la situation politique mondiale, car c’est bien nous, les citoyens, qui en sommes les premiers responsables. À nous de garder notre monde sur le droit chemin…

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