Le futur l’évènementiel : retour sur une conférence psychotonique

Si le virus vedette des deux dernières années a plongé le
monde des affaires au cœur de bouleversements tous aussi déroutants que stimulants,
les visions uniques et poétiques de nos chères messieurs et mesdames les
artistes ont dû s’estomper sous l’esquisse d’une terrible réalité.

Nul endroit n’était plus propice que l’amphithéâtre Banque Nationale à CSC, où les invités du panel de discussion nous ont fait part de leurs expériences, ressentis et visions sur le sujet. Lucas Béland, jeune entrepreneur de 20 ans, Émile Roy, vidéaste et réalisateur visionnaire de 22 ans, ainsi que Chantal Durivage, fondatrice du Groupe Sensation Mode, ont, lors de cette soirée, accordés leurs violons sur une même note : une transformation des méthodes et des ressources certes, mais un besoin profond et absolu de créativité, à jamais.

« Derrière chaque problème, il y a une opportunité »

Chantal Durivage, 15 novembre 2021

La créativité est cet unique atout que même une pandémie ne pourra fragiliser. Elle est une force qu’il convient de cultiver, et notamment dans le milieu des affaires. Un point sur lequel Chantale tenait d’ailleurs à insister : « dans une dimension entrepreneuriale, nous devons sans cesse imaginer et innover pour contourner et faire face aux problèmes ». Une chose dont vous pouvez vous assurer la fierté personnelle, donc, lorsque vous voulez concilier votre passion artistique à votre baccalauréat en affaires, c’est bien votre créativité. Dans notre contexte actuel, nous sommes même ressortis de cette conférence avec un mantra à s’approprier : « Derrière chaque problème, il y a une opportunité ». Chères âmes d’artistes, utilisez donc vos crayons pour dessiner un pont sur le fleuve pandémique qui nous empêche de continuer notre chemin familier et quotidien.

C’est ce que de nombreuses personnes se sont appliquées à
faire, notamment sous l’aile diaboliquement opportune du numérique. Si sa
croissance était déjà évidente auparavant, la pandémie a eu un sacré effet
amplificateur. Diffusion de shows et concerts en streaming, mannequins
virtuels, promotion de produits sur les réseaux sociaux, école et formations en
ligne, click and collect…

Le fait est que le contact à toute chaleur humaine s’était comme dissipé en ces rudes mois hivernaux. « Les gens était terrorisés, le centre-ville était vide, livré aux mains de quelques gangs de rue… Alors un devoir s’est comme imposé à nous, et nous a donné une raison de nous lever chaque matin. Celle d’amener le bonheur et la lumière quotidienne aux gens à travers la culture et les arts » partage dignement Chantale. Si le virtuel ne pouvait donner le même résultat, cela restait une façon pertinente de s’adapter. Les comportements des gens ont en effet, eux aussi, changé, s’appropriant ces différences ressources pour se connecter au monde, et se délecter de ses multiples possibilités en un clic. Avec une communauté active, en tout temps et en tout lieu, n’importe quel contenu de n’importe quelle sphère culturelle pouvait survivre.

Le revers de la médaille ? Selon Émile Roy, qui a commencé sa jeune aventure YouTube à 12 ans, s’émerveille comme se méfie de l’expansion des réseaux.

« Ce qui se développait à la base comme une petite place publique, où chaque petit créateur venait partager sa passion dans une atmosphère quelque peu naïve et innocente, s’est brouillé d’anxiété, de produits addictifs et de fausses images où chacun veut faire son petit spectacle pour percevoir un minimum de visibilité et de reconnaissance »

Émile Roy, 15 novembre 2021

C’est, certes, un bel horizon pour la culture et la préservation de la créativité humaine, dans le sens où de nombreuses possibilités sont offertes à qui a la passion et l’ambition de lancer son projet, mais face à d’autres plus superficiels et hypocrites, comment demeurer crédibles ?

Une chose qui se doit ainsi d’être conservée, est l’idée de valeurs. Si nous pouvons craindre de perdre la flamme artistique sous le besoin de rentabilité, par exemple, il n’en sera rien tant que nos valeurs seront correctement fondées. Un impératif de connaissance de soi donc, et de cohérence. Pour Émile, ce côté entrepreneurial, qui incite à se représenter et à convaincre, n’est apparu qu’après quelques années d’expérience. S’il voulait perdurer sur le long terme, dans ses objectifs de partage et de mobilisation du public, une certaine structure était nécessaire. Il a donc appris à s’intéresser aux techniques de marketing et de communication, de management d’équipes (de tournage notamment), en les percevant non pas comme des limites à sa créativité, mais comme moyens de diffusion et d’amplification universelle de celle-ci. Les gens peuvent être impactés, il suffit juste de le faire correctement, au bon moment, avec la bonne sensibilité.

Par ailleurs, on peut s’attarder sur les notions de maîtrise de l’information, de flexibilité, et d’agilité, de l’artiste en affaires. Comment, avec de nouvelles règles du jeu, pouvons-nous créer quelque chose de fun ? Pour l’évènement culturel plus particulièrement, ce ne sont pas les opérations en elles-mêmes mais les valeurs représentées. Il faut être capable de s’adapter aux besoins du public, d’être complice et authentique avec lui; puis faire naître une idée, et pouvoir la modeler en fonction de la situation.

De nombreux autres sujets ont finalement été abordés, lors de cette discussion nocturne, à la lumière miroitante de sujets sociétaux et d’actualité. Allant de méthodes pour composer avec le manque d’inspiration (avec des notions de gestion du temps et d’équilibre entre vies pro et perso), aux questions de financement privé et de mécénat, jusqu’aux problèmes de cancel culture et de devoir éthique des entreprises, les étudiants de l’auditoire n’en sont pas ressortis bredouilles.

Le doute, mélangé à la peur de l’inconnu, entrés à leurs côtés dans cet amphithéâtre, ont comme été pétrifiés. Quel bonheur de voir, à la sortie, ces milles yeux scintillants d’ambition, d’espoir et d’assurance. Cette créativité bouillonnante, et rassurée de son environnement de développement.

Il n’y a aucun mauvais chemin. Diplôme de HEC Montréal en main, les aptitudes assidûment et parfois laborieusement approfondies de ces dernières années ne vont que leur permettre de se distinguer, et de continuer vers le chemin unique qu’ils traceront avec cœur, conviction et fermeté.

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