Quand le métavers s’invite au XXI siècle, perspectives d’une percée technologique sans précédent

Nous sommes en 2065 à Québec. Vous vous éveillez difficilement après une nuit agitée. Vous regardez autour de vous, l’holo-réveil vous indique 12h… Mince, mon rendez-vous ! En vitesse, vous vous habillez et passez un appel à votre amante française à qui vous avez posé un lapin magistral… Elle décroche « Je t’attends depuis une heure ! », vous enfilez votre casque de réalité virtuelle prestement. Soudain, la petite chambre obscure qui vous entourait s’estompe et vous émergez dans une terrasse parisienne ensoleillée sur les champs Elysées ; vous percevez le bruit des voitures remontant les champs, les discussions qui animent le bistrot, les effluves de viennoiseries chocolatées chatouillant vos narines… Quelques instants plus tôt les cheveux en bataille et l’haleine viciée, vous voilà sous les traits de votre avatar ; une version de vous à son apogée ; parfaitement coiffée et le teint halé, prêt à conquérir le cœur de votre promise. Elle est d’ailleurs assise là face à vous, le dos tourné occupée à siroter un café. Vous lui tapotez l’épaule, elle se retourne et vous décroche un sourire en coin ravageur…

Cette esquisse du futur, qui nous paraissait encore fantaisiste quelques mois auparavant semble bien plus concrète aujourd’hui. Facebook annonçait en effet le 28 octobre le développement du Métaverse, un univers entièrement numérique qui souhaite révolutionner à nouveau les connexions entre les individus, signant l’avènement de l’internet 2.0. Mais qu’en est-il vraiment ? Quelles sont les promesses du géant du numérique ? Quelles seraient les écueils majeurs induits par la démocratisation du metaverse ? Faut-il alors s’en méfier ?

LES PROMESSES DE META

Facebook a introduit sa conférence par son changement de nom en Meta pour marquer l’arrivée de son nouveau projet phare. Par ce moyen, l’entreprise désire mettre en valeur la mission qu’elle poursuivra dans les prochaines années tout en laissant entendre les nombreux défis qui entoureront la création d’une telle plateforme. Le metaverse, qui signifie étymologiquement « au-delà de l’Univers » prendra deux formes sous les noms de code Cambria et Nazare (le casque de réalité virtuelle et de réalité augmentée). La réalité virtuelle existe déjà depuis quelques années sous la forme de casques de jeux, elle consiste en la création d’une réalité en trois dimensions totalement inédite et conçue dans un but éducatif ou ludique… Tandis que la réalité augmentée superpose à la réalité des éléments supplémentaires comme des hologrammes ou des cosmétique. La partie réseau social prendra quant à elle le nom d’Horizon, qui incarne la vision rêvée par Marck Zuckerberg quinze ans plus tôt ; un réseau qui connectera réellement les gens à travers le monde.

Meta vise à rendre notre façon d’interagir avec Internet plus organique et à faciliter la création.  Nos sens seront en effet directement reliés à l’information que nous cherchons. La conférence de présentation illustre cela par Zuckerberg rendant visite à ses amis dans une station spatiale virtuelle. Depuis son salon et munie d’un casque de réalité virtuelle, il est en mesure de communiquer directement avec ses proches, d’observer leurs émotions rendues en temps réels et d’accéder à un salon privé avec ses amis. Ne vous laissez par berner par les avatars de la présentation. À terme, Meta vise des avatars photoréalistes si bien que le réel et le virtuel se confondront. Ainsi, les relations deviennent bien plus tangibles que par de simple texto ou appels vidéo et c’est ce qui fait la magie d’une telle technologie : la distance entre chaque individu ne deviendrait qu’un simple mauvais souvenir provenant d’une époque archaïque. Chercher des informations deviendrait aussi bien plus ludique, comme l’exploration virtuelle d’une galerie d’art pour votre prochain exposé plutôt que l’épluchage de sa page Wikipédia.

Les débouchés du metaverse ne se cantonnent pas exclusivement à l’aspect social, mais représenteront également l’opportunité d’accéder à des activités plus variées. Les utilisateurs pourront par exemple assister plus aisément à des pièces de théâtre ou des concerts internationaux avec leurs amis, en s’y téléportant instantanément tout en éprouvant des sensations authentiques, permises par les technologies du projet Cambria. De même pour certaines compétitions sportives, le casque Oculus Quest 2 offre des joystick à même de simuler les sensations d’une raquette de ping pong. Une belle façon de réduire l’isolement (en période de confinement par exemple), amplifié par les réseaux sociaux contemporains.

 

Cet avatar est généré en temps réel !

 Si les caractéristiques du metaverse sont au moins prometteuses, au plus révolutionnaires, il faudra attendre de nombreuses années avant de voir son aboutissement. En effet, la compagnie met l’emphase sur le nombre de technologies encore à développer pour que l’écosystème se concrétise, qu’elles soient en reconnaissance vocale, représentation d’avatars photo-réalistes animés en temps réel, interopérabilité… Les sens ne sont également pas encore tous émulables, comme le toucher ou l’odorat. Les défis sont innombrables et marquent la volonté inédite d’une entreprise souhaitant mener un projet à travers notre siècle, qui sera peut-être celui de la transcendance numérique de l’Homme. Pourtant, l’optimisme ne doit jamais laisser place à la rationalité ; est-ce vraiment raisonnable qu’une seule compagnie connue pour ses écarts vis-à-vis de ses utilisateurs soit seule conceptrice de la nouvelle version du Web ? Quels sont les risques intrinsèques au métavers pour l’humanité ?

Vision d'artiste d'un joueur dans l'Oasis, Ready Player One

COMMENT LE METAVERSE POURRAIT SONNER LE GLAS DE NOTRE SOCIETE ACTUELLE

Les applications innombrables du metaverse que nous avons évoquées sont le produit d’une science en pleine effervescence. Aujourd’hui, les innovations technologiques en nombre exponentiel changent constamment notre façon de voir le monde et de nouvelles révolutions sonnent chaque jour à notre porte. Pourtant, aucune n’a encore franchi le pas de nous transporter entièrement dans l’Univers numérique. Au fil des années, nous avons construit une immense toile appelée le Web, support l’entièreté des connaissances acquises par l’Humanité.

Comme jamais auparavant, l’asymétrie d’information semble sur le point de disparaître : les connaissances ne sont plus détenues par quelques milieux élitistes mais accessibles à chacun. Cet immense réservoir n’est toutefois accessible que par des appareils externes et notre navigation n’est pas encore intuitive. Les innovations apportées par le Web ont apporté avec elles de nombreuses problématiques : isolement induit par les réseaux sociaux, addiction au brefs shots de dopamine, pathologies liées au mode de vie sédentaire…

Le metaverse sera le socle de nouveaux moyens pour aborder l’information : nous ne passerons plus par un outil mais nous voyagerons littéralement à travers le Web. Les concepts de distances même seront effacés. De plus, l’idée des possessions matérielles conditionnée par les ressources limitées de notre planète sera complètement repensée. La seule limite à nos créations sera notre inspiration et les outils de création développés.

Il est toutefois légitime d’appréhender l’essor d’une telle plateforme car elle bousculerait complètement la façon dont est structurée notre société. La science-fiction, au travers d’œuvres d’anthologie telle que Ready Player One nous a déjà montré les risques de la généralisation de la réalité virtuelle.  La déconnexion avec la réalité en est un des principaux. Ready Player One représente ainsi un monde où la surpopulation et la pollution ont altéré définitivement la Terre. Pour fuir la réalité, les humains passent dorénavant l’essentiel de leurs temps dans L’Oasis, un jeu-vidéo en réalité virtuel réaliste où les expériences et rencontres les plus folles deviennent réalisables. 

QUAND LA RÉALITÉ NOUS PARAÎTRA IRÉELLE

Simulacron 3, le tout premier roman sur le metaverse

Imaginez : au terme d’une journée passée sur un jeu-vidéo hyperréaliste dans un monde fantaisiste, où vous terrassiez des dragons et exploriez des terres inconnues et après vous être téléporté en compagnie de vos amis au sommet de l’Himalaya lors d’une soirée mémorable.  Au réveil, à l’instar du héros de Ready Player One, vous vous retrouveriez face une réalité bien moins idyllique, soumis aux nécessités du corps humains et aux temps morts qui parsèment une vie. Vous n’êtes pas un héros et vous ne savez pas voler, ni même combattre des dragons, vous n’êtes qu’un simple humain insignifiant dans l’immensité de l’Univers.

Il est envisageable qu’une partie des individus souhaitant fuir leur quotidien monotone, perdent pieds avec la réalité et abandonnent une variété de professions indispensables au fonctionnement de la société. Ce point est abordé dans Virtual Revolution de Guy Roger-Duvert qui dépeint un monde scindé en trois classes :  les Connectés, devenus de véritables junkies virtuels, les Vivants, ceux qui refusent cette technologie, et enfin les Hybrides, partageant leur temps entre virtuel et réel. Dans cette société, la plupart des gens sont devenus des connectés, qui délaissent leur santé physique et ne bougent presque plus de leurs habitations. L’Etat y a même instauré un système de livraison de nourriture à domicile pour les joueurs et un revenu universel. Dans ce monde, seules les élites profitent encore pleinement du réel et dirigent ainsi sans presque aucune opposition.  

 

Finalement, il ne faut éclipser le risque de confier la création d’un écosystème complet à une seule entreprise, réputée qui plus est pour son ses incartades en matière de gestion des données, au travers des scandales de Cambridge Analytica. Même si Meta a pris des engagements clairs à ce sujet, le risque de monopole est fort. C’est ce point que dénonce la presse et les influenceurs.

En effet, pour éviter les éventuelles dérives d’utilisation du metaverse, il faudrait alors instaurer une surveillance perpétuelle et automatisée des actions et paroles de chaque individus pour éviter que d’éventuels groupe terroristes y prolifèrent. Quelle place alors pour notre liberté ? Ainsi, le risque principal d’un tel système est celui du contrôle par une institution et de l’intervention d’états autoritaires, qui pourraient contrôler plus aisément que la réalité le metaverse et orienter les opinions vers la direction souhaitée.

Le métaverse apportera indéniablement une révolution à l’humanité, comme le fut internet dix ans plus tôt. Bien sûr, comme toute percée technologique, le metaverse suscitera des débats houleux et un rejet d’une partie de la population qui y verra l’incarnation de l’hubris de notre époque. Mais grâce à cette révolution, l’humanité pourrait bien enfin libérer son plein potentiel créatif, qui ne sera plus restreint par des ressources matérielles limitées. Toutefois, le metaverse ne devra pas être laissé entre les mains d’un seul acteur, mais bel et bien régulé et ordonnancé par une variété d’institutions qui devront s’accorder pour créer des règles durables afin que cela ne cède pas à une dystopie mainte fois anticipée par la littérature. Dans un contexte où nous prenons pleinement conscience de l’immensité du cosmos, et du fait terrifiant que nous ne sortirons peut-être jamais du système solaire ; le métavers nous permettra alors peut-être de créer notre propre univers.

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