Pour des villes intelligentes et durables

Selon les projections de l’ONU, l’effectif de la population urbaine devrait doubler d’ici 2050, passant de 3,6 milliards (2011) à 6,3 milliards d’habitants1. Et qui dit croissance démographique à un rythme effréné, dit aussi problèmes de logement, besoin renouvelé d’infrastructures publiques, congestion aggravée du trafic, pollution accrue, pression excessive sur les écosystèmes urbains et sur l’eau, émissions de GES démultipliées ou encore nuisances sonores, visuelles et olfactives décuplées…

Face à ces enjeux, un nouveau concept émerge progressivement à côté de celui de la ville durable: celui de la ville intelligente ou « smart city ». Souvent invoquée en référence à la ville numérique, « connectée », « en réseaux », « high-tech » voire futuriste, des pans entiers du concept sont ainsi mis de côté. De fait, la ville intelligente représente bien plus que cela. Revenons d’abord à la signification du terme « intelligent». Pour Jean-François Barsoum, consultant stratégique et spécialiste de la ville durable pour IBM, les attributs distinctifs de l’intelligence sont les suivants : « la capacité à observer, à comprendre, à prévoir pour enfin agir et s’adapter ».  Que peut donc bien signifier être une « ville intelligente » ? Précisément s’inscrire dans ce processus via le recours aux nouvelles technologies, à des capteurs, à des réseaux de distribution électrique intelligents (« smart grids ») etc. En ce sens, l’acception restrictive de la définition du Smart City Council qui dépeint une ville intelligente comme étant « une ville dans laquelle les technologies digitales sont intégrées à toutes les fonctions de la ville », ne semble relever que très partiellement de cette logique. Pourtant centrales, les dimensions environnementales, de gouvernance ou encore humaines y sont complétement ignorées. L’enjeu clé du caractère adaptatif d’une ville y est également évincé.

A contrario, d’autres approches intègrent les éléments précités. C’est le cas de la classification opérée par  R. Giffinger et ses collaborateurs de l’Université de technologique de Vienne2, à partir de six critères principaux permettant d’évaluer le degré d’intelligence d’une ville : « l’économie des transports et des technologies de l’information et de la communication (une économie et une mobilité intelligentes), les ressources naturelles (un environnement intelligent), la qualité de vie (un mode de vie intelligent), les capitaux humains et sociaux et la participation des citoyens à la vie démocratique de la ville (des habitants et une administration intelligents ) ».

Les définitions qui mettent l’accent sur l’objectif de durabilité, adoptent quant à elles une approche beaucoup plus holistique, même si le volet social n’est pas toujours présent. Bien souvent, il s’agit ainsi d’assurer la sobriété et l’efficacité dans l’utilisation des ressources ou encore de se développer dans le respect de l’environnement.Au final, devant le foisonnement de définitions autour de la ville intelligente dont les propriétés mises en avant reflètent surtout l‘absence de convergence sur le sujet, c’est bien une approche intégratrice à la fois sectorielle et holistique, rompant avec une logique en silo court-termiste et mettant les citoyens au cœur du dispositif, qui est caractéristique d’une ville intelligente. A l’heure où la ville intelligente en est encore à ses prémices, et où les politiques l’interprètent souvent de manière très restrictive (sous un angle technologique et économique avant tout), ce sont les citoyens qui, par une réelle appropriation du concept, par leurs expérimentations et leurs prises de risques, pourront amener la classe dirigeante à repenser son approche afin d’assurer une adéquation entre les outils de la ville intelligente et les enjeux environnementaux et sociétaux qui sont les nôtres.

Du déploiement de la micro-cogénération aux « smart grids », à la gestion multimodale des transports en passant par l’accès facilité à l’information (« open data »), ou encore aux pratiques renouvelées en matière de « e-santé », de « e-formation », de nombreuses initiatives sont déjà expérimentées dans les villes. La révolution digitale est en marche. Assurons-nous d’y contribuer de manière intelligente et durable !

1http://esa.un.org/unpd/wup/pdf/WUP2011_Highlights.pdf

2http://www.smart-cities.eu/download/smart_cities_final_report.pdf

 

Catégories: Développement durable

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