Une fuite vers de meilleurs horizons
L’entrée de la Grèce dans l’Union européenne, en 1981, a permis l’amélioration du niveau de vie des Grecs. Aujourd’hui, cette amélioration est mise en péril, et de nombreux Grecs considèrent le départ comme une solution à la détérioration de la situation sociale suite à la crise.
À la dernière parution, nous vous expliquions la situation économique de la Grèce au sein d’une Europe de plus en plus exigeante dans ses conditions d’octroi d’aide. Aujourd’hui, nous souhaitons étudier la situation sociale, la façon dont les Grecs vivent cette crise qui les renvoie trente ans en arrière.
La Grèce est le symbole de la crise aux yeux du monde. Symbole d’échec, elle représente à la fois le point faible et le défi de l’Union européenne. D’ailleurs, la zone euro exhorte le pays de mettre en place un plan draconien qui limitera les dégâts, ce que la Grèce essaie de réaliser tant bien que mal : projet de suppression de 30 000 postes de fonctionnaires, abaissement du seuil minimum d’impôt, diminution des retraites supérieures à 1 200 euros, etc.
Comme vous le voyez, ces réformes pèsent de plus en plus lourd sur le dos de la population grecque qui supporte mal ces mesures de rigueur. Le projet de suppression de postes de fonctionnaires est d’autant plus dur à accepter que 20 % de la population active du pays travaille pour l’État. Ainsi, le 22 septembre dernier, une grève générale s’est déroulée laissant voir au monde un peuple consterné et en colère.
Cette crise touche plus particulièrement les jeunes qui sont les plus touchés par le chômage. Nombreux sont ceux qui ne trouvent pas d’emploi après l’obtention de leur diplôme, où qui obtiennent un travail n’égalant pas leurs espérances et leurs compétences. Aussi, selon les statistiques officielles du pays, la moitié des chômeurs ont moins de 26 ans.
Une des solutions qu’ont trouvé les grecs pour échapper à la crise, c’est de quitter le pays. Ils sont de plus en plus nombreux à partir pour d’autres pays d’Europe, ou encore pour l’Australie qui vient de lancer un programme nommé « Les personnes qualifiées dont l’Australie a besoin », afin de trouver un emploi à la hauteur de leurs ambitions. Ainsi, sept jeunes grecs sur dix désirent quitter leur pays dans le but d’obtenir de meilleures conditions salariales. Ces jeunes qui se résignent à partir de la péninsule grecque n’ont plus d’espoir après des mois et des mois de chômage, les entreprises grecques ne pouvant absorber que la moitié des nouveaux diplômés chaque année.
Cette immigration s’est déjà vue dans les années 60, mais aujourd’hui elle est d’une autre nature puisque ce ne sont plus les travailleurs non qualifiés qui partent hors du pays. Beaucoup dénonce cette fuite des cerveaux qui ne peut être que néfaste pour un pays qui essaie de se relever économiquement.
Les études ne sont donc plus synonymes dans ce pays d’une meilleure vie : les seuls emplois disponibles étant des emplois à faible salaire. Et pourtant, l’OCDE encourage quand même les pays à continuer à investir dans l’enseignement supérieur, visiblement générateur de cerveaux en fuite dans le pays. On pourrait se questionner sur ce conseil : la Grèce ne ferait-elle pas mieux d’investir dans d’autres domaines susceptibles de relancer la croissance, la bonne santé économique, et le retour à une Europe sans peines et sans heurts plutôt que dans l’éducation, source de désillusions? Et bien non, selon l’OCDE. En effet, à terme, l’éducation pourrait encourager les déçus du marché du travail à devenir des entrepreneurs, créateurs d’entreprise et ainsi d’emplois. Puisque le marché ne peut pas absorber tous ces fraîchement diplômés, créons des postes, lançons nous dans les affaires.
Dans nos cours de PME, nous voyons que les petites entreprises et l’entrepreneuriat sont l’une des sources de la croissance. Mais en Grèce, comment retenir les jeunes sans moyens financiers qui sont encore, pour beaucoup, obligés de vivre aux crochets de leur famille? Voilà donc une des solutions : inciter les jeunes à se lancer dans leur propre business plutôt que de quitter le pays. Mais, pour cela, il faut les inciter à investir et certainement les aider en offrant des aides à l’entrepreneuriat.
La Grèce, et donc l’Europe à travers elle, doit sortir de cette crise qui s’acharne sur le vieux continente et met en péril la construction régionale de l’Europe. L’un des principaux défis aujourd’hui, et donc de retenir les 9 % des nouveaux diplômés qui quittent le pays chaque année pour d’autres horizons moins sombres. L’entrepreneuriat semble être une bonne alternative au départ, mais il faut encore que le gouvernement incite ces jeunes à partir de rien pour créer une entreprise en Grèce alors que l’économie est encore trop instable. Il est certain, que lorsque et si le pays arrive à sortir de ce désastre économique, nous dirons que l’Homme malade de l’Europe et celui du monde reviennent de loin.
