Le tabac, c’est tabou…
On cache les paquets de cigarettes dans les tabagies, on y imprime des poumons cancéreux, les lieux publics sont non-fumeurs : réponses évidentes à un problème de santé publique. Proposition de lois pour interdire de fumer sur une terrasse, tentative d’instauration de classification cinématographique, plainte pour bruit sur les voies publiques : une chasse aux sorcières contre les fumeurs.
En une cinquantaine d’années, la cigarette est devenue un ennemi de la société alors qu’elle en avait été jadis la reine. Nos parents ont connu les vols fumeurs, les plateaux de télévision fumeurs, les universités fumeuses… Même les hôpitaux! Loin de moi l’idée de brandir mon poing et mes pancartes pour que tout ceci revienne.
Nous avons vécu l’interdiction du tabac dans les discothèques et les bars, l’instauration des neuf mètres autour des bâtiments publics, et toutes ces mesures sont des plus agréables : plus de vêtements aux odeurs infects de tabac froid en rentrant aux petites heures du matin, plus de bouffée inopinée en s’assoyant pour une bière à un 5 à 7! Je ne connais pas de fumeurs (de notre génération) qui ne reconnaissent pas les bienfaits de ces mesures. Mais ces derniers temps, on va trop loin!
Puisque Avatar est disséqué de tous côtés, il n’a pas fallu longtemps pour que les groupes anti-tabac, et plus spécifiquement le site http://www.smokefreemovies.ucsf.edu/index.html, se déchainent sur James Cameron et le personnage de Sigourney Weaver, qui fume beaucoup dans le film. On peut ajouter à cela les affiches de films qui font scandale quand on y voit une cigarette, même lorsqu’il s’agit de personnages charismatiques et historiques comme Coco Chanel ou Sherlock Holmes; ou les films retouchés pour effacer les cigarettes des mains des acteurs, modèles et autres.
Qu’ils sont loin les John Wayne ou les Clint Eastwood qui fumaient clope sur clope, allumant la nouvelle avec la précédente, tout en sauvant la veuve et l’orphelin. Le site assure, statistiques à l’appui, que l’exposition à des films dans lesquels le tabac apparait « embrigade » l’adolescent, et qu’il s’agit ni plus ni moins d’une entente entre Hollywood et l’industrie tabatière puisqu’un seul converti rapporterait 10 millions de dollars. Je vous invite à fouiller dans le site… Je vous laisserai seul juge des aberrations qu’on peut faire dire à des chiffres.
Je suis bien sur d’accord avec la disparition progressive mais certaine des marques de tabac à l’écran. Le problème du placement de produit est encore entier de nos jours, spécialement dans l’industrie du cinéma, avec les gros sous qui sont en jeu. Est-il éthique puisqu’on ne peut s’y souscrire? Il est normal qu’il y ait un accord sur les produits sensibles comme le tabac. De là à vouloir instaurer une échelle de classification… Dans cette optique, les armes devraient largement être bannies, tout comme l’alcool et le junk-food. Je rappelle, à toutes fins utiles, que l’obésité coute plus chère à la société états-unienne que la cigarette.
La mode est au film historico-biographique et, qu’on le veuille ou non, la cigarette fait partie de notre société. On peut ne pas en être fier, on peut vouloir diminuer sa présence, mais on ne peut ni ne doit l’empêcher à tout prix, ni jeter l’opprobre sur les fumeurs. Une fois n’est pas coutume; citons une autre tranche de notre société avec laquelle il faut bien vivre : « Pourquoi regardes-tu le brin de paille qui est dans l’oeil de ton frère, tandis que tu ne remarques pas la poutre qui est dans ton oeil? »
