OSCARS 2019 : Vent de Fraîcheur ou Déclin Annoncé ?

Incohérent. Cela fait plusieurs années que The Academy of Motion Pictures a du mal à masquer ses choix politiques quasiment-assumés, mais jamais n’avaient-ils à ce point perdu de vue leur réelle mission d’origine, à savoir récompenser les meilleurs films de l’année (aux États-Unis, ou bien surtout en langue anglaise). Nous n’allons pas réaborder ici ce qui fait un bon film, ce qui doit être récompensé ou encore comment les oscars sont devenus une simple agence réactionnaire des tendances politiques de son pays, mais simplement jeter un œil à ce que nous raconte la bien étrange sélection de cette année, et ce qu’elle nous apprend sur la santé de l’industrie, ainsi que de l’une de ses organisations phares. Prédictions en fin d’article.

Une Sélection riche et informe

Musique, Inégalités sociales, patriotisme immortel, hommages, Marvel, Nteflix… Où va le cinéma, et surtout où vont les Oscars ? Sur les 8 films nominés cette année, on observe des tendances qui tendent vers une recherche de la diversité des thèmes et des genres. « Black-K-klansman », « Green Book » et « Black Panther » nous ramène sur la problématique d’inégalité et de racisme entre les différentes ethnies aux États-Unis, « Bohemian Rhapsody » et « A Star is Born » sont des hommages résolument tournés vers la musique, Roma et La Favorite se distinguent en ressemblant à des films d’auteurs, et Vice fait office du rappel classique au patriotisme américain, quoi qu’avec un regard plus critique qu’à l’accoutumée.

Il y a longtemps que le cinéma avait pris place dans l’industrie de la musique (les clips et l’image sont devenus un facteur de vente essentiel de tram sonore), et plus doucement, l’inverse commence à avoir lieu. Il n’est pas nouveau que des chanteurs viennent interpréter la BO où des génériques de fin, comme un coup de pouce marketing, et cette année, c’est en train de devenir une norme. Un hommage (bancal) à Queen, Lady Gaga en tête d’affiche, The Weeknd et Kendrick Lamar sur Black Panther, Post Malone et Swae Lee dans SpiderMan, et j’en passe. Un mot sur Bohemian Rhapsody, qui s’il est agréable pour les musiques culte qu’il nous renvoie, est pétrie de réécriture historique qui viennent complètement bafouer la véritable Histoire du groupe et de Freddie Mercury, preuve que les Oscars sont aujourd’hui plus que jamais une machine à sous, qui pensent que s’ils font plaisir au public en faisant la promotion d’un hommage à Queen, ne portent aucune considération à l’intégrité de son histoire.

En parlant d’histoires, un bien triste constat est à faire dans cette sélection : c’est la faiblesse, pour ne pas dire l’absence de bons scénarios. Car les deux films qui d’après moi font figure de favoris, Roma et « La Favorite », se distinguent par leur patte visuelle, leurs acteurs parfaitement immergés dans leur univers, l’émotion que ces deux œuvres parviennent à nous transmettre, mais au niveau de l’écriture, et bien… c’est assez creux. Et il en va de même pour le reste de la sélection, à croire que tous les films de cette année ont cherché à se distinguer autrement, tant ils avaient de lacune à ce sujet. Un symptôme généralisé dans l’industrie, où l’offre de contenu est si large que l’on a bien du mal à réellement se renouveler, où alors à développer des histoires sur seulement 2h. Signe alors que les séries ont peut-être déjà pris le dessus, dans leur étrange lutte contre les long-métrages et surtout leur support de diffusion. Ce qui nous amène à notre dernier point…

Netflix. Après le houleux de débat de Okja en 2017 à Cannes, les voilà qui s’immiscent dans les Oscars. Nous ne tenterons pas ici de répondre au débat sur qu’est-ce qu’un film et comment doit-il être diffusé, mais c’est incontestablement un signe fort, car « Roma » d’Alfonso Cuaròn, produit par Netflix, n’est pas seulement un nominé parmi d’autres, mais figure parmi les favoris pour plusieurs statuettes.

Des incohérences en cascade

Ils l’ont fait. Ils ont nominé Black Panther dans la catégorie Meilleur Film. Symbole que l’Académie a perdu toute subtilité dans ses choix stratégiques pourtant dépassés. Un long-métrage qui n’a marqué que par sa symbolique, le premier qui mette en lumière un héros de descendance africaine, alors c’est bien gentil, mais dans un pays fictif, dont le seul but qui fait officie de morale de l’histoire est de garder de bonnes relations avec les États-Unis, comme si le vrai propos était le suivant : « les États-Unis reconnaissent enfin l’existence et la valeur du Wakanda ». Plus politique chez nos amis américains, tu meurs. D’autant plus que les acteurs sont tous américains, et qu’ils jouent avec un accent pas franchement convaincant, proche de la caricature. Et le cinéma, dans tout ça ?

Les absents

En ce qui concerne les absences, on recense notamment « First Man » de Damien Chazelle, « A Quiet Place » ou encore « On the Basis of Sex ». First Man est assez objectivement un meilleur film que Black Panther, mais il semblerait que les Oscars craignent de célébrer un homme blanc en 2019, si américain soit-il, et s’empresse de le remplacer par un homologue afro-américain. 100% politique, 0% cinéma. D’autant plus incohérent dans leur volonté de reconnaissance des minorités visibles qu’ils ont nominé un bien contestable « Lady Bird » l’année passée, car réalisée par une femme, et oublient cette année complètement « On the Basis of Sex », biopic de la juge Ruth Bader Ginsburg qui est devenue une figure majeure du féminisme aux USA lors des dernières décennies, film réalisé par… une femme, Mimi Ledder. Et pourtant celui-ci est complètement passé à la trappe (tourné en partie à Montréal), parce qu’on veut encourager la lutte contre les stéréotypes sociaux, mais bon, pas tous les ans. Autre critère qui porte préjudice à OTBOS, son succès commercial, plutôt limité. Encore une fois, le cinéma est bien loin…

De Fausses nominations

Un mot enfin sur les nominations. Elles sont censées proposer aux 5600 votants d’élire les meilleures de chaque catégorie parmi une sélection fine de l’année écoulée. Mais quand on y regarde de plus près, l’académie a déjà choisi ses lauréats, ou presque (comme chaque année). Comme Amy Adams avait été oubliée en 2017 pour ne pas faire de tort à Emma Stone, c’est cette dernière qui en fait les frais cette année. Elle joue le premier rôle dans la favorite, accompagnée d’Olivia Colman et Rachel Weisz. Les trois actrices signent d’excellentes performance, seulement Colman se retrouve nominée comme actrice dans un premier rôle, Emma Stone et Rachel Weisz nominées comme actrice dans un second rôle. Explication possible : Colman joue la reine dans « La Favorite », tandis que les deux autres ses subalternes, mais c’est bien Emma Stone que l’on suit et qui apparaît le plus, qui prend même la tête d’affiche. Les Oscars ne savent même plus faire la différence entre l’importance d’un rôle et l’autorité d’un personnage, ne savent plus faire la différence entre les catégories qu’ils ont eux-mêmes créé… Mais d’un autre côté, c’est aussi un moyen de ne pas faire gagner à nouveau Emma Stone, ni en premier rôle car elle n’y est pas nominée, ni dans un second rôle car elle n’y est pas à sa place… Complètement incohérent. Il en va de même pour la meilleure chanson, où « Shallow » a d’ores et déjà gagné, grâce notamment à l’absence de « Sunflower » qui lui est passé devant au nombre de téléchargement…

Une Agence sur le déclin

On commence à l’avoir compris, les Oscars semblent s’être un peu perdus en cours de route par rapport à leur objectif d’origine. Ultime symbole de cette décadence, c’est leur annonce de remettre les prix moins « sexy » (costume, maquillage, photographie, …) pendant les coupures publicitaires pour gagner du temps. Des vagues de contestations de la part des artistes se sont soulevées, résultat, l’académie a retiré sa déclaration, et la cérémonie se déroulera comme d’habitude. Une incroyable faiblesse qui montre cette année encore qu’ils ne font que réagir à la pression médiatique qu’ils reçoivent de toute part, sans jamais garder ni même se construire une ligne directrice. Une institution jadis glorieuse qui apparaît désormais peureuse et anxieuse, qui pourra certainement perdurer dans le temps, mais sa crédibilité ne fera que diminuer, pour s’éteindre rapidement s’ils ne changent pas leur façon de procéder. Les Oscars ne choisissent plus à ce qui doit être récompensé, mais ce qui doit être applaudi. Une erreur de jugement qui pourrait leur coûter cher, et faire les affaires des plateformes de streaming en ligne, les Netflix et compagnie…

PRÉDICTIONS OSCARS 2019

Ces prédictions ne servent pas à donner mon avis sur les films qui selon moi devraient gagner, mais nous allons nous concentrer davantage cette année sur ceux qui vont gagner, en fonction de la construction de la sélection, et surtout de la façon de penser des votants américains. Encore une fois il semble que deux films soient en réelle compétitions pour les catégories majeures, à savoir « Roma » et La Favorite ». J’ajoute aussi que dans les tendances, les oscars aiment alterner les récompenses, en n’honorant pas les mêmes personnes plusieurs années consécutives (quoique…), à moins qu’il n’y ait pas la moindre concurrence. L’année passée, je m’en suis sorti avec plus de 70% de bonnes prédictions sur 19 catégories, autant dire que cette « compétition » ne laisse pas beaucoup de place aux surprises…

 

Meilleur Réalisateur

Alfonso Cuaròn (Roma)

Des plans fixes, des mouvements lents, des tableaux en noir et blanc qui peignent un portrait étonnant du Mexique dans les années 70, et même d’aujourd’hui : son charme, son humanité, ses douleurs, son soleil, sa violence… On dirait presque un film d’auteur, et si l’histoire n’est certes pas transcendante, Roma est de toute beauté, et ramène un peu d’art là où les oscars l’ont trop souvent oublié. Si Cuaròn gagne, cela pourrait marquer un incroyable règne des réalisateurs mexicains aux Oscars dans les années 2010, aux côtés de ses compères Alejandro Gonzalez Inarritù et Guillermo Del Toro.

Outsider : Yorgos Lanthimos (La favorite)

Des similitudes et des différences, autant de plans larges, un peu plus rapides mais pas tant que ça, et surtout des décors époustouflants, des courtes focales qui nous donnent une impression de profondeur incroyable, jusqu’à un abus de « Fish-eye » qui est un procédé bien risqué, qui est pourtant ici parfaitement maîtrisé. Candidat solide.

Meilleur Acteur

Christian Bale vs Rami Malek

Là, je vais donner mon opinion. Toutes les catégories d’acteurs et actrices sont plutôt solides cette année, et Christian Bale mériterait la statuette, pour cette énième performance exceptionnelle comme pour saluer le reste de sa carrière. Mais je pense que Rami Malek va gagner, parce qu’il joue lui aussi très bien, mais incarne un personnage bien plus aimé. Christian Bale le mériterait pour moi d’un cheveu, mais je ne vois pas comment on pourrait retirer ce prix à celui qui interprète Freddie Mercury.

Meilleure Actrice

Yalitzia Aparicio vs Lady Gaga

La catégorie la plus difficile. Parce que toutes les actrices ont été bonnes, et je n’en vois pas une qui se distingue vraiment des autres. Le critère décisif sera donc ailleurs, et donc entre Yalitzia Aparicio qui « apparaît » (lol) de nulle part, et Lady Gaga qui entame un possible reconversion, il y a vraiment match. J’irai quand même avec Yalitzi, mais ca va être très serré, d’autant plus qu’Olivia Colman n’est pas loin derrière…

Meilleur Acteur dans un Second Rôle

Adam Driver & Sam Eliott vs Mahershala Ali & Sam Rockwell

En fait c’est elle, la catégorie la plus difficile. Les deux premiers cités ne sont pas si marquant dans leur rôle, et les deux autres sont les deux derniers vainqueurs de la catégorie. Et en l’absence (pas si) surprenante de Steve Carell (Vice), je vais me mouiller en disant Mahershala Ali, pour ce qu’il incarne et l’importance de son rôle dans Green Book.

Meilleure Actrice dans un Second Rôle

Rachel Weisz

Outsider : Amy Adams

Elle est très convaincante aux côtés de ses deux compères dans la Favorite, et Emma Stone a déjà gagné une statuette. Amy Adams n’a jamais gagné, et ne signe pas son meilleur rôle, mais pour sa carrière, je la mets en outsider.

 

Autres Catégories :

Meilleur Film d’Animation : SpiderMan into SpiderVerse

Meilleure Photographie (Cinematogrphy) : Roma

Meilleurs Costumes : La Favorite

Meilleur Montage : Vice

Meilleur Film en Langue étrangère : Capharnaüm

Meilleures Coiffures : Mary Queen of Scotts

Meilleure Chanson : Shallow (A Star is Born)

Meilleurs Décors (Production Design) : La Favorite

Meilleur Court-Métrage d’Animation : Bao

Meilleure Création Sonore : First Man

Meilleur Mixage Son : Bohemian Rhapsody

Meilleurs Effets Spéciaux : Avengers 3 : Infinity War

Meilleurs Scénario Adapté : Black-K-Klansman

Meilleurs Scénario Original : Green Book

 

Meilleur Film

Roma (vs La Favorite)

Pour le plus important des prix, on n’est jamais à l’abri d’une surprise, mais je pense que Roma va l’emporter, malgré La Favorite, et malgré sa production Netflix. Parce que tous les autres divisent beaucoup, et que c’est le seul à faire un peu l’unanimité. Concurrent numéro 1 : La Favorite encore une fois, même si ils sont capables de nommer Black-K-Klansman qui a le mérite de lever le tabou sur le Ku Klux Klan, et si Black Panther gagnait, ce serait sans doute la fin de la crédibilité de l’Académie, mais le reste de la sélection nous laisse à penser que nous n’en arriverons pas à de telles extrémités.

Les Résultats ce dimanche 24 Février à partir de 20h !

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