L’économie circulaire au Québec

Près de 150 personnes étaient réunies en ce lundi 19 janvier pour assister aux échanges des intervenants conviés par l’Institut EDDEC et le groupe Humaniterre. Au centre de leurs préoccupations : mieux comprendre le concept d’économie circulaire. Tout récent au Québec, ce concept intéresse sans conteste. Son caractère « à géométrie variable » et sa technicité le rendent néanmoins peu accessible. Une clarification s’imposait. C’est Daniel Normandin, directeur de l’Institut EDDEC qui s’y est attelé. Le message était simple et limpide : notre modèle linéaire «  extraire – produire – consommer – jeter » n’est plus tenable. Il faut désormais opter pour un nouveau modèle de société, l’économie circulaire.

Et que promeut le modèle en question ? Une façon repensée d’aborder nos schémas de production, de distribution et de consommation. Il s’agit notamment d’optimiser l’efficacité des ressources, de privilégier l’éco-conception, de promouvoir de nouveaux modèles d’affaires basés sur l’usage et le partage, de privilégier la réparation, la réutilisation et au final le recyclage et la valorisation pour « boucler  la boucle ». L’Europe, la Chine et le Japon se sont déjà approprié ce concept et de nombreuses initiatives sont déjà en place. Alors pourquoi pas le Québec ?

En réalité, l’économie circulaire est déjà bien présente au Québec. A un stade embryonnaire et inachevé, certes. Mais les perspectives sont très favorables. En témoignent les  bonnes pratiques d’entreprises pionnières à l’instar de celles de nos intervenants du premier panel: Pratt & Whitney, Novaxia, le groupe Lavergne, Über ou encore  Insertech. Toute la chaîne de valeur était ainsi représentée : de la conception à la production en amont (Pratt & Whitney) à la réparation et au réemploi (Insertech) au recyclage et à la valorisation (Novaxia) en aval. Ce sont aussi des modèles d’affaires alternatifs dont il était question avec Über. Enfin, de la production au recyclage, le groupe Lavergne adopte déjà une logique circulaire, via l’intégration d’une approche en « boucle fermée » dans son modèle d’affaire.

Des acteurs sont donc déjà bien avancés au niveau local. Mais comment amener d’autres entreprises à s’engager dans cette voie ? Quelles stratégies mettre en place ? Quels moyens déployer ? « Briser la logique de silos entre concepteurs,  producteurs,  distributeurs et consommateur » a préconisé la Présidente de Novaxia. « Développer une logique de partenariats » a renchérit Johnny Izz de Pratt et Whitney. « Faire pression sur les fabricants » a martelé Agnès Beaulieu, Directrice-Générale d’Insertech mais surtout, « informer et sensibiliser les citoyens » pour les amener à faire des choix de consommation éclairés. « Il faut remettre le citoyen au cœur de la démarche » a insisté Jean-Nicolas Guillemette, Directeur-Général d’Über à Montréal.

La sensibilisation des citoyens était également au cœur des discussions du second panel. Pour Joanne LaBreque, professeur à HEC, trois variables sont déterminantes dans l’influence des choix du consommateur : « le pouvoir d’achat, le temps disponible et le système de valeurs ». Malgré un pouvoir d’achat en berne, le recours à l’économie collaborative est en hausse depuis la récession de 2008. A l’image de l’économie du partage, de nombreuses initiatives favorisant l’économie locale et la consommation responsable connaissent un succès grandissant.

Tout aussi soucieux d’informer et de sensibiliser les citoyens, RECYC’ Québec va plus loin avec la mise en place de tables de concertation sur les matières organiques et la réduction à la source, le premier « R » des 3RV-E1. Surtout, l’organisme  est à l’origine de véritables avancées législatives sur le sujet, à commencer par la règlementation de 2011 sur la responsabilité élargie du producteur.

Autre outil à actionner : l’éco-fiscalité. Dans ce cas, une intervention de l’Etat s’avère nécessaire en vue de taxer les énergies fossiles et les émissions de GES, a concédé Paul Lanoie, professeur à HEC Montréal. En ce sens, la taxe carbone s’avère être une option envisageable à condition de baisser concomitamment les « mauvaises taxes » au titre desquelles figurent les impôts sur le revenu. La bourse carbone Québec-Californie, pourrait également être mise à contribution. Parmi les autres pistes évoquées, l’augmentation des tarifs d’électricité, la tarification des déchets, la priorisation des matières recyclées ou encore la diminution des impôts fonciers.

L’angélisme n’est cependant pas de mise et des questions clés doivent être examinées avec soin: Le recours à l’éco-conception ou à une approche en « boucle » sont-ils toujours rentables ? Sont-ils efficients ? Est-il utile de recycler entièrement des matières renouvelables peu toxiques ?  Comment assurer l’effet escompté des mesures prises sans risquer un « effet rebond »2 ?

Dans l’assistance, d’autres questions taraudent les esprits. C’est Maryne Drouet, Présidente de l’association Humaniterre, qui les formulera  le mieux: « Quels conseils donner aux futurs gestionnaires d’HEC qui souhaitent contribuer à cette transition vers un nouveau modèle de développement ?  Quelles sont les qualités requises pour s’inscrire dans une telle démarche ? » La compréhension de systèmes complexes, la vision stratégique, la capacité à faciliter la gestion du changement, sont des atouts clés. Pour Anik Dubuc, Vice-présidente de l’association canadienne de l’aluminium, il faut avant tout « assurer un leadership et être visionnaire ». Et surtout « s’engager pour faire une différence » … Qu’attendons-nous ?

 

En savoir plus

Le site de l’Institut EDDEC sur l’économie circulaire

 

1Les 3RV constituent le premier principe de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles. Il s’agit de la hiérarchie des actions à privilégier pour une saine gestion des matières résiduelles : Réduction à la source, Réemploi, Recyclage et Valorisation. L’élimination des déchets ultimes constitue évidemment le dernier recours.

2Voir à ce titre l’ouvrage The conundrum de David Owen (2012). L’effet rebond correspond à la réduction voire l’annulation des économies d’énergie ou de la réduction des émissions de GES, par des modifications du comportement de la société- par exemple la baisse du coût du pétrole peut avoir un effet délétère sur l’environnement et le changement climatique en incitant les consommateurs à  recourir davantage à leur voiture.

 

Catégories: Développement durable

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