Le vrai problème à propos du scandale H&M

La mise en contexte

Alors je ne sais pas si vous avez vu passer sur internet, ce scandale à propos d’une veste à capuchon pour enfants produite par la chaîne suédoise H&M sur laquelle on peut lire le slogan « Coolest Monkey in the Jungle ». Jusque-là tout va bien. Le malaise ressenti par les internautes : le jeune mannequin qui porte le pull en question est noir. Plusieurs organisations, célébrités et artistes, dont le chanteur The Weeknd qui avait d’ailleurs déjà collaboré avec la chaîne dans le passé, se sont dit choqués, affirmant qu’ils étaient mal à l’aise et qu’ils refuseraient toute collaboration future. La première fois que j’ai vu passer cette nouvelle, j’étais sous le choc. Je suis restée plusieurs minutes à réfléchir devant mon ordinateur, sans mots.

 

Lorsque j’ai parlé à ma sœur de mon idée d’écrire un article, elle m’a tout de suite dit :

 

– Laurie, tu es la dernière personne qui a le droit de faire un article à ce sujet. C’est difficile pour toi de parler de ça avec crédibilité… Tu es blanche.

 

Moment de réflexion. Je dois avouer que ne faisant pas partie d’une minorité visible, je suis loin de pouvoir prétendre que je peux prendre la parole pour ces groupes opprimés avec justesse. L’existence du privilège blanc ne me permet pas de cerner l’ampleur de l’enjeu. Elle a continué :

 

– Pour toi, prendre position sur ce sujet, c’est comme essayer d’expliquer à une personne la sensation de la température de l’eau du bassin dans lequel elle a les pieds, alors que tu es à côté, les pieds bien au sec.

 

Ouais, elle marque un point. Le racisme est un sujet épineux, auquel il est difficile de se frotter sans se piquer. Mais je ne pouvais pas passer sous silence mon désaccord, mais surtout mon attristement face à ce fameux scandale. Préparez-vous, ce n’est pas mon article le plus court. C’est trop important, je ne pouvais épargner mes mots.

 

Ce qui dérange

D’abord, parlons de l’indélicatesse d’avoir fait arborer ce chandail par un enfant noir. Comment, dans une équipe complète de marketing, personne n’a pensé que cette photo serait controversée et pour certains, blessante. Ce n’était pas très judicieux, et même assez négligent que ladite photo se retrouve sur le site internet de la compagnie. Je ne sais pas s’il est naïf de penser qu’il s’agissait sans l’ombre d’un doute d’une erreur, mais je refuse de croire à la théorie du complot qui stipule qu’il s’agissait peut-être d’un coup marketing. Ce serait révoltant. Dans l’histoire, le mot « singe » a souvent été utilisé de manière raciste pour décrire les Africains et leurs descendants Afro-Américains ou vivant dans toute autre région du monde. Pas besoin de remonter à la période de l’esclavage, qui elle-même date d’il y a moins de 100 ans, pour observer cette réalité. Même Obama, lorsqu’il était président des États-Unis, était souvent dépeint avec des caractéristiques de singes lorsqu’on le caricaturait. Ainsi, la bataille contre le racisme est contemporaine et loin d’être terminée. C’est justement pourquoi cet affichage ne passe pas auprès des internautes.

 

Le réel problème

En voyant la nouvelle, mon premier réflexe a été de vouloir relativiser. Se rappeler qu’un enfant ça aime jouer, c’est plein d’énergie et ça saute partout. Comme un singe. Comme le singe le plus cool de la jungle. « Voyons, il me semble que ce n’est pas si pire que ça, comme pull. Ça ne devrait pas nous déranger, ce slogan. On devrait être rendus plus loin que ça. » Mais, en parlant avec mon entourage, j’ai bien vite réalisé que je posais moi-même le geste que j’essayais de dénoncer. L’analogie de la température de l’eau refaisait surface. Le White-‘splaining. Essayer de déterminer ce qui devrait, ou ne devrait pas être considéré comme raciste. Ce n’est clairement pas à moi d’en juger. Et cette réaction, que j’avoue avoir eue, est justement le cœur du problème. Parce qu’il y a encore beaucoup de discrimination. Notre premier réflexe ne devrait pas être de vouloir minimiser une telle erreur.

 

Et au milieu de toute cette tempête, se tient la mère du jeune mannequin, qui ne voit pas le problème avec ledit chandail : « C’est une des centaines de tenues que mon garçon a portées pour la séance photo. Arrêtez de crier au loup, il n’est pas nécessaire de le faire ici. […] Tout le monde a droit à son opinion, mais je ne comprends pas le scandale, non parce que je ne veux pas comprendre mais plutôt parce qu’il s’agit de ma manière de penser. » Dur de s’y retrouver.

 

Ce n’est donc pas une quelconque position prise par rapport à ce débat, qui pose problème, mais bien son existence. Cela montre qu’il reste tellement, mais tellement de chemin à faire. Encore une fois, je ne pourrai jamais comprendre en totalité cette problématique, parce que je ne suis pas dans les souliers de ceux qui vivent au quotidien des injustices causées par la couleur de leur peau. Et je ne prétends surtout pas avoir raison. Mais nous vivons encore dans une société ou cette discussion mérite d’être soulevée, point à la ligne.

 

Ultimement, il est facile de blâmer la multinationale, confortablement installé devant son écran. Il fallait le faire, mais ce n’est pas ce qui fera changer les choses. Le problème, c’est nous tous. Ce dernier a commencé bien avant que l’entreprise commette ce geste faisant preuve d’insensibilité. Le réel changement, c’est chacun d’entre nous qui en a la responsabilité. On doit tous être unis et agir en tant qu’alliés face à des mouvements comme Black Lives Matter, qui se battent contre le racisme. Voir plus loin que le bout de son nez et être compréhensifs envers une réalité qui n’est peut-être pas la nôtre. Reconnaître comment les gens se sentent et ne pas essayer de discréditer leurs sentiments. Utiliser notre force pour soulever les autres. Les choses peuvent changer.

 

Sur ce, aimons-nous tous, aimons-nous plus. C’est un bon point de départ. Tout ira mieux.

 

(À titre informatif, la maison H&M s’est excusée publiquement, disant qu’elle était désolée que cette photo ait été prise et imprimée, et qu’elle se pencherait sur ses politiques internes afin que des situations semblables ne se reproduisent plus à l’avenir.)

 

Finalement, merci à Fanny et Cendrine pour vos précieux conseils d’édition.

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