La dette dans tous ses états

La conférence de ce lundi 30 novembre présentée par la SRA traitait de façon intéressante de la question de la dette en divisant le sujet en trois: au niveau international en discutant principalement de la crise de la Zone Euro, au niveau provincial en traitant de la dette québécoise et finalement au niveau des ménages en traitant de l’endettement de ces derniers. Chaque segment étant tout aussi intéressant, voici en résumé ce qui aura su retenir l’attention lors de cette conférence.

 

Crise Européenne ou plutôt crise bancaire européenne?

Ce que l’on retiendra de ce segment sur la crise de la dette des États de la Zone Euro, ce sont les propos de Clément Fontan (chercheur post-doctoral au Centre de Recherche en Éthique de Montréal) qui a élaboré sur la théorie tenant responsable les institutions bancaires européennes, devenues trop grosses et trop fragiles, plutôt que les États eux-même. En effet, cette théorie va à l’encontre des explications habituellement données par les médias qui attribuent plutôt la responsabilité de la crise à certains États tels que la Grèce, l’Italie et l’Espagne dont les dépenses étatiques sont trop importantes par rapport à leurs revenus. M. Fontan explique plutôt que c’est la possession, par les grandes banques européennes, de titres instables reliés aux dettes des pays européens qui a rendu la dette de ces pays problématique. Une infime variation de leur valeur aurait eu, pour les banques, des conséquences désastreuses. En effet les grandes banques européennes, devenues too big to bail, n’aurait pu être aidées par les États en cas de perte de valeur de leurs actifs puisque les États eux-même ne possédaient pas les fonds nécessaires pour le faire. La solution pour éviter cette situation a plutôt été de négocier des plans de restructuration avec les pays membres surendettés afin de stabiliser la confiance des marchés et ainsi éviter une crise du système bancaire européen en entier. Bref, les intérêts des banques de quelques pays (principalement de l’Allemagne et de la France) seraient donc la cause de la crise actuelle. Si tel est le cas, difficile de prétendre que la Banque Centrale Européenne représente les intérêts de tous ses membres comme le veut sa mission.

 

Dette québécoise: sommes-nous trop endettés?

Dans le segment sur la dette québécoise, Louis Gill (ancien professeur de l’UQÀM, économiste et syndicaliste québécois) a offert un regard détaillé sur les sources de l’endettement québécois. En passant par la période d’investissement majeur lors de la Révolution Tranquille au changement de comptabilité dans les années ’90, M. Grill a dressé un bilan optimiste sur la situation de la dette québécoise, expliquant que la belle province n’est pas sur le « bord du gouffre » comme le prétendent plusieurs analystes. Il en a d’ailleurs profité pour critiquer les politiques d’austérité du gouvernement actuel, citant plusieurs recherches ayant présenté que chaque dollar sauvé par les politiques d’austérité causait réellement une contraction de l’économie d’environ 1,5$. Une partie de son discours a également été axée sur bien faire comprendre comment était mesurée la dette, puisque plusieurs chiffres sont avancés par les analystes pour parler de la dette (dette brute ou dette nette par exemple). À noter toutefois, M. Grill n’a pas parlé de la portion de la dette fédérale appartenant au Québec, ce qui augmente de façon significative la véritable dette du Québec.

 

La dette des ménages: la théorie de l’endettement renversé

Dans ce segment sur la dette des ménages, Éric Pineault (professeur de l’UQÀM, économiste et sociologue) a mis en lumière la troublante réalité de l’endettement des ménages nord-américains. À l’heure actuelle, les ménages se retrouvent beaucoup plus endettés qu’historiquement pour une multitude de raisons; l’une d’entre elles est l’expansion du crédit, qui fut longuement discutée. Les ménages déjà surendettés sont forcés de continuer à consommer de façon excessive, créant un cercle vicieux difficile à briser. M. Pineault a par ailleurs expliqué le cycle inverse de l’épargne dans une économie, c’est-à-dire qu’actuellement, les ménages n’épargnent plus pour financer les sociétés, ce serait plutôt les sociétés qui contribuent à cette consommation continue des ménages par l’offre de crédit de plusieurs entreprises. Cette réalité fait réfléchir au bénéfice qu’une réforme fiscale telle que la réforme Godbout (consistant à réduire l’impôt des particuliers et augmenter les taxes à la consommation) pourrait avoir pour diminuer la précarité financière des ménages.

 

En conclusion, la conférence sur la dette du 30 novembre était extrêmement intéressante quoi que assez technique. Les trois conférenciers invités étaient de toute évidence très passionnés par le sujet puisqu’ils répondaient (parfois très exhaustivement) aux multiples questions du public avec enthousiasme. Une conférence réussie signé par le pôle ADC de la SRA.

 

 

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