L’ évasion fiscale au cœur du nouveau débat sur l’inégalité

Deux siècles après la parution du Capital de Karl Marx, le débat sur l’inégalité et sur la mauvaise répartition des richesses mondiales persiste comme si tout avait commencé hier. Toutefois, il revêt une autre forme, se propageant aujourd’hui sous la complicité de grandes institutions financières dotées de politique de secret bancaire. Ainsi, dans certains pays de l’Europe et chez nos voisins du Sud, nombreux sont les politiciens qui essaient de démontrer les faiblesses de ces systèmes fiscaux, qui permettent à certaines riches personnes et institutions d’échapper au fisc tandis que la classe moyenne ne cesse de payer sa juste part aux agences de revenu.

Les dernières années ont vu l’éclosion de divers scandales. Les institutions financières n’ont jamais été si vulnérables aux fuites d’informations et, en 2013, la Suisse a dû revoir en profondeur sa politique de secret bancaire en autorisant ses institutions à collaborer avec le gouvernement américain qui menaçait d’enlever à certaines leurs licences de fonctionnement.  Le plus récent scandale, datant d’à peine un mois, a éclaté à la suite de la publication des résultats d’une enquête menée par de nombreux journalistes qui ont eu accès à des données décryptées de tenanciers de comptes bancaires en Suisse. Consternation d’une part et frustration d’une autre part, la population regarde les gouvernements passifs, laissant aux journalistes le soin de combattre une pratique qui remet en question les fondements même de la justice sociale.

L’épineuse question du partage des richesses

Au fond de ce débat est remis en question notre système économique. Dans son livre intitulé Le capital au XXIe siècle, l’économiste français Thomas Piketty va jusqu’à faire une comparaison entre la société française du XVIIIe siècle et celle d’aujourd’hui, mettant en exergue le tiers-Etat, la noblesse et la bourgeoisie face aux riches d’aujourd’hui, qui détiennent plus de 50% de la richesse mondiale alors qu’ils représentent moins de 10% de la population. Cela laisse à la classe moyenne, représentant 40% de la population mondiale, un maigre 20-30% de la richesse mondiale. Du coup, la moitié de la population se partage 10% de la richesse mondiale, consacrant ainsi l’inégalité légitime de notre système.

L’histoire nous montre que malgré tout, les choses se sont améliorées durant les décennies passées. Bon nombre d’économistes, dont Thomas Piketty lui-même, ont évoqué les vagues de stagnation de salaires que le monde a connu durant la moitié du XXIe siècle, auxquelles se sont succédées des années de combat pour de meilleures conditions, qui ont pour la plupart porté des fruits.

Le système fiscal au cœur du débat contemporain

Le débat d’aujourd’hui est plus large. A l’instar des considérations sociales et macroéconomiques qui tiennent uniquement compte des écarts enregistrés au niveau du revenu et de l’épargne des différentes classes de la société, il s’étend aujourd’hui au système fiscal des pays occidentaux déjà très critiqué.  Depuis les années 1920, de grands progrès en termes de lutte contre l’inégalité ont été réalisés. Toutefois, malgré les mesures mises en place, dont une des plus importantes a été l’instauration de l’impôt sur le revenu au début des années 1920, les inégalités représentent toujours un problème majeur dans nos sociétés. Certaines personnalités comme la sénatrice américaine Elizabeth Warren critiquent régulièrement l’inaction des gouvernements face à des phénomènes tels que l’évasion fiscale et l’influence qu’exercent les puissants groupes de pressions sur les décisions gouvernementales.

Ainsi, cela nous conduit à nous demander : Est-ce un taux d’imposition sur le revenu trop élevé qui pousse certains à avoir recours aux paradis fiscaux ou peut-on y voir absence de volonté de participer à l’effort budgétaire ?

Quelle solution envisager ?

Pendant que les scandales et les conflits fiscaux se succèdent entre grandes institutions et gouvernements, ces derniers se doivent de prendre des mesures pour empêcher l’évasion fiscale qui prive les économies du monde de milliards de dollars par an. Mais, l’interrogation centrale demeure dans le type de décisions à prendre et dans le niveau de coopération à établir entre les pays. Un taux d’imposition trop élevé ne risque-t-il pas de décourager l’effort de création chez ceux qui seront les innovateurs et les créateurs de demain ? Ces démarches ne vont-elles pas faire face au refus de coopérer de certains États connus comme des paradis fiscaux ?

Au-delà des interrogations, ce qu’il faut retenir, c’est que oui, nous pouvons harmoniser le système fiscal et demander à chacun de payer sa juste part. Il s’agirait de retourner à la société l’aide reçue tout au cours de notre cheminement vers le succès. Il s’agirait de contribuer, en toute justice, à l’assiette fiscale, mais aussi de participer à l’effort collectif que nous sommes tous appelés à fournir dans la société.

Catégories: Économie

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