Enquête: Quel a été l’impact de la hausse des frais de scolarité des Français?

Au début de l’année 2015, le gouvernement québécois a annoncé la hausse des frais de scolarité des nouvelles cohortes de Français s’inscrivant au 1er cycle universitaire au Québec. Ainsi, les frais sont passés de 2200$/ année à 6650$/ année, soit les frais déboursés par les citoyens canadiens venant étudier dans la belle province. Après 2 ans de hausse, plusieurs universités du Québec, dont l’ETS qui a connu une baisse d’inscription de 50% chez les Français, ont vu le nombre de nouveaux étudiants français chuté drastiquement. Mais quel a été l’impact de cette hausse pour HEC Montréal, dont la population française constitue 30% des étudiants du premier cycle? Pour répondre à cette question, l’équipe de l’Intérêt s’est entretenue avec le directeur du recrutement étudiant de HEC Montréal, Michel Lemay.

Contrairement aux autres universités québécoises, la hausse des frais de scolarité des Français ne semble pas avoir eu un impact significatif sur les inscriptions de ces derniers à HEC Montréal. Effectivement, le nombre de nouveaux Français inscrits est demeuré stable depuis la hausse, avec 311 étudiants en moyenne par année (sur près de 1,000 candidatures) pour les cohortes de 2015 et 2016. Ces chiffres peuvent paraître d’autant plus étonnants que les critères d’admissibilité ont été renforcés pour accéder à l’année préparatoire, le HEC exigeant présentement un bac avec mention Assez Bien et une note minimale de 14/20 en mathématiques (comparativement à 13/20 auparavant). Mais comment expliquer cette stabilité au niveau des inscriptions alors que d’autres écoles ont connu des chutes? Selon Michel Lemay, plusieurs facteurs pourraient permettre d’expliquer ces résultats.

Les compétiteurs: Tout d’abord, HEC Montréal n’a pas comme compétiteur les universités françaises comme c’est le cas pour les autres facultés des universités au Québec (ex: histoire, droit, etc), mais fait plutôt concurrence aux grandes écoles de commerce françaises. Effectivement, les écoles de commerces offrant des formations similaires à HEC Montréal sont les institutions telles que l’EM (École de Management) Lyon, EM Strasbourg, HEC Paris, etc. De par leurs statuts de grandes écoles, les compétiteurs de HEC Montréal facturent donc beaucoup plus en frais de scolarité (on parle généralement de 10 000 à 16 000 euros par année) que les universités françaises dont les frais sont quasi nuls. Ainsi, malgré la hausse des frais de scolarité, le coût pour venir étudier à HEC Montréal reste nettement inférieur à celui des grandes écoles de gestion de France. Il suffit de considérer que le taux de change est avantageux, que les frais de logements sont moins élevés à Montréal qu’en France et que le coût de la vie au Canada est moins élevé qu’en France pour réaliser qu’au simple niveau des coûts, les étudiants français en administration demeurent gagnants à venir étudier à HEC Montréal.

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Source: Le Figaro, coût de la scolarité pour les meilleures écoles de commerce françaises sur des programmes en 3 ans.

La création de l’année préparatoire: Selon Michel Lemay, HEC Montréal se démarque également grandement de ses concurrents en offrant une année préparatoire d’un an (plutôt que deux) qui assure de mener à la formation de premier cycle, ce qui n’est pas nécessairement le cas pour les classes préparatoires françaises. Effectivement, le système français de concours pour accéder aux grandes écoles met énormément de pression sur les étudiants en classe préparatoire et n’assure en aucun cas l’admission par la suite. Des étudiants peuvent se préparer aux concours pendant plusieurs années sans parvenir à intégrer les écoles qui les intéressaient. La structure du parcours de HEC permet d’éviter ce risque.

La création du Bureau Internationale Européen (BIE): Il est intéressant de noter également que HEC Montréal a investi beaucoup de ressources à chaque année pour augmenter sa visibilité en France à partir des années 2000. La principale initiative est la création de son propre BIE situé à Paris et employant une personne à temps plein ayant comme mission le recrutement des Français en faisant de la promotion dans les différents lycées. Le BIE fait la promotion de Montréal en ventant l’expérience nord américaine offerte aux étudiants français, la possibilité de perfectionner l’anglais grâce aux programmes bilingues (et trilingues!) ainsi que la forte réputation de l’école. Cette initiative, jumelée à la création de l’année préparatoire, aurait permis à HEC Montréal de voir une croissance drastique de sa clientèle française au 1er cycle, passant de 80-100 étudiants/ année au cours des années 2000 à 300 étudiants/ année aujourd’hui.

En conclusion, même si nous avons encore qu’un très court recul pour observer le réel impact de cette hausse des frais de scolarité chez les Français, les deux dernières années semblent démontrer que l’impact n’a pas été marquant pour HEC Montréal. Le principal élément explicatif semble être le fait que les compétiteurs directs de HEC Montréal facturent des sommes largement supérieures aux frais exigés dorénavant par HEC Montréal, ce qui permet à l’école de rester une institution attirante.

Mais maintenant, il nous reste à répondre à la question que tout le monde se pose: À qui la majoration bénéficie-t-elle? L’argent supplémentaire permet-il de réduire les dépenses gouvernementales en éducation? Ou est-ce plutôt HEC Montréal qui profite de la majoration? Selon la réponse obtenue par la direction des finances de HEC Montréal, les sommes additionnelles générées par la majoration (qui est entrée en vigueur en 2015) sont retournées au gouvernement du Québec. Ainsi, HEC Montréal ne bénéficie pas directement de l’augmentation des frais. D’un point de vue québécois, il peut sembler, n’en déplaise à nos amis français, que la hausse des frais de scolarité a donc été profitable puisque plus d’argent rentre dans les poches de l’État sans que cela n’aie d’impact au niveau des inscriptions. Toutefois, il faut encore se demander si cet argent est réinvesti en éducation et permet aux étudiants d’avoir accès à des cours de meilleure qualité, ce qui n’est pas nécessairement le cas.

Sur ce j’espère que ce texte aura répondu à vos questions sur l’impact de la hausse des frais de scolarité chez les Français et je vous invite tous, chers lecteurs, à me soumettre vos commentaires. Vous êtes étudiants à l’année préparatoire ou en 1ère année et avez été affecté par la hausse? Écrivez-nous!

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