Putes et sentiments
Le 5 avril dernier, Pierre Foglia, chroniqueur à La Presse, a réussi à mettre son doigt noueux sur un aspect crucial de ce récent bordel étudiant. La hausse des frais de scolarité, dit-il, je m’en crisse. La grève par contre, je suis pour. Pour l’exercice, pour une culture d’opposition, pour reconnaitre la droite de la gauche. Pour le désordre lui-même.
Ces derniers mois, notre esprit rationnel et bien pensant a été mis à rude épreuve. Le débat toujours. Arguments économiques, effluves idéologiques, chiffres à l’appui, ad nauseam. Une idée plus ou moins claire de ce que l’on croit bon/acceptable/souhaitable (rayez la mention inutile) pour notre société a réussi à germer dans notre esprit. On ne paraitra pas trop cave au prochain party.
Mais si finalement, ce n’était pas ça l’exercice. Et si notre devoir, en ce studieux semestre d’hiver 2012, n’était pas de tracer une logique implacable pour (se) convaincre qu’une telle mesure est rentable ou responsable mais bien simplement de se passionner. Redonner leur place à nos perceptions et s’indigner. Non pas parce que les chiffres le réclament, mais simplement parce qu’on sent qu’il y a quelque chose qui cloche dans ce pays. Quand a-t-on mis au placard notre empathie pour revêtir nos costumes de statisticiens?
À HEC, si on soutenait paresseusement la hausse et condamnait mollement la grève jusqu’ici, la semaine du 2 avril dernier nous a donné l’occasion de nous époumoner quelque peu. D’abord, lors de la kafkaïenne assemblée générale du 4 avril : nous avons réussi à voter pour un référendum sur la hausse des droits de scolarité et ses modalités puis pour la plus stupide, irresponsable et anti-démocratique des motions : peu importe le résultat dudit référendum, HEC ne fera pas grève pour le dossier de la hausse des frais de scolarité à l’hiver 2012. Étudiants, on vous demande votre opinion, mais au fond, on n’en a rien à faire. Tenez bien mes livres pendant que je prépare le foulard pour me bâillonner moi-même. Ces trois heures de code Morin n’ont pas été perdues finalement! Là, ce n’est pas la raison qui dicte ma pensée, c’est mon aversion pour l’avilissement de l’homme.
Le lendemain, Jimmy Cricket et ses camarades envahissent la section jaune pour le plus gros party de l’année. F***ing hippies, pensent mes camarades. Le peu de capital sympathie que le mouvement étudiant avait auprès des « brigands » de l’institution a été dilapidé en quelques références bibliques. Et là, ce n’est pas la force des arguments économiques de l’un ou de l’autre qui parle. C’est simplement une chamaille de cours d’école : elle m’a traité de pute et je n’aime pas ça.
