Ma ville c’est l’hiver
En 2017, Montréal fêtera ses 375 ans, un anniversaire pour le moins inusité que la ville ne sait trop comment célébrer. Une consultation publique a donc demandé à 340 citoyens de différents arrondissements de définir ce qu’était Montréal. Ville cosmopolite, sécuritaire, épicurienne, cool, ça on le savait. Mais un constat nouveau a été fait : Montréal est une ville nordique qui ne s’assume pas.
Mais comment devient-on un vrai nordique? D’après l’écrivain Jean Désy, rien ne sert de célébrer l’hiver à coup de festivals et autres carnavals, il faut l’accepter, ne pas le voir comme un obstacle à surmonter, un ennemi à terrasser mais bien comme une réalité immuable mère de poésie. Difficile en ces temps de neige salle-verglas-sluch? J’en conviens.
Une chose est certaine, il parait plus facile pour les québécois des régions d’apprécier la blanche cérémonie de l’hiver que les pauvres citadins coincés entre des bancs de neiges salles et les redoutables chenillettes de trottoirs.
Pourtant les Montréalais semblent souffrir d’une légère névrose obsessionnelle : la météo, l’état des routes et l’état de la neige sont décortiqués, analysés et débattus à ne plus finir tous les matins dans tous les bureaux que l’île compte. Les journaux télévisés n’hésitent pas à accorder la moitié de leur temps d’antenne pour annoncer une tempête de neige et toutes les conséquences-immanquablement inédites- qu’elle aura sur le trafic. Et pourtant, mis à part les courts moments d’extase aux joues roses de l’Igloofest, personne n’aime l’hiver. On pourrait expliquer ça par le climat un petit peu batard de Montréal : un hiver rigoureux mais un été assez flamboyant pour le regretter. D’ailleurs, d’après M.Désy, les habitants de la Baie Saint-James ne voient vraiment pas l’intérêt de parler du temps qu’il fait.
Le chroniqueur Christian Dufour avance une autre idée pour expliquer cette obsession, les descendants des français s’en veulent encore d’avoir eu la bêtise de venir coloniser le nord de l’Amérique tandis que les anglais ont eu l’intelligence de s’installer un petit peu plus au sud.
Mais, tant qu’à faire de la psychanalyse cheap, si cette haine de l’hiver reflétait un complexe plus enfoui? Et si Montréal, ni américaine ni européenne n’acceptait pas d’avoir ce handicap que ses modèles du sud n’ont pas. Car Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’envers, D’un pays qui n’était ni pays ni patrie.
