Derrière le succès de l’appli HECienne n°1 en France : Elyze, nouveau Tinder de la politique

7h du matin à Montréal. Le ciel commence à s’éclaircir, exposant la douce fraîcheur matinale de la neige sur les toits. Pull d’HEC Montréal en guise de pyjama, et café en main, François Mari, étudiant en première année, parcourt les nouveaux commentaires sur Elyze parus pendant la nuit. Une application made in HEC au retentissement considérable dans son pays natal, dont le modèle dépasse pourtant les frontières. Quelle est cette application, qui, en seulement deux semaines, a provoqué plus de 1,8 millions de téléchargements ?

Elyze, c’est tout d’abord une mission, celle de sensibiliser et reconnecter les nouvelles générations au monde politique.

Ce que les fondateurs, François Mari (développeur et cofondateur, âgé de 19 ans) et Grégoire (cofondateur, âgé de 22 ans), ont eu à cœur en concrétisant ce projet, était, à la manière des candidats, de faire campagne, mais pour le vote, pour l’engagement des jeunes. Dans les faits, ce sont aujourd’hui 9 jeunes sur 10 qui n’ont pas voté aux régionales et départementales françaises de juin 2021. « On s’est alors questionnés sur les codes et outils spécifiques à la Génération Z qu’on pouvait utiliser. »

Actualiser le concept de Tinder avec des candidats politiques en tant que prétendants, voilà l’idée à la base du phénomène Elyze.

Elyze, l'application qui aide à trouver son candidat à la présidentielle -  Edition du soir Ouest-France - 11/01/2022

L’interface est en effet très ludique et instinctive. A l’ouverture de l’application, des propositions thématisées sont proposés aléatoirement, et il suffit de swiper selon nos préférences. Chaque proposition est accompagnée d’un « En savoir plus », permettant d’apporter des éléments de précision et de contexte sur le candidat. En fonction des votes, l’algorithme calculera notre niveau d’affinité avec des candidats, et permettra, au fil des swipes, de générer un classement.

Ainsi, pour se lancer au sein de la Civique tech, les mots d’ordre furent collaboration et complémentarité. François Mari, aux compétences poussées en informatique, développées en autodidacte, après des heures passées sur des chaînes de codage sur YouTube, et Grégoire en compétences managériales, mobilisant quotidiennement des mouvements associatifs et d’engagés politiques.

Elyze, le Tinder de la présidentielle déjà en tête des applis

L’équipe des 4 Avengers, comme ils aiment l’appeler, comprend également Gaspard G, 24 ans, ancien étudiant au HEC et aujourd’hui vidéaste en analyses politiques ludiques et d’actualité, et Wallerand, 24 ans, fondateur du média de débats politiques Le Crayon. C’est ainsi, qu’avec une idée nouvelle, pertinente et adaptée aux besoins actuels de notre génération, mêlée à de grandes forces entrepreneuriales, que le lancement a connu une authentique réussite.

Installé sur cette chaise IKEA relativement confortable de la cuisine, les yeux toujours rivés sur son écran et ses pieds tapotant nerveusement le plancher, François a encore du mal à y croire. Même s’ils étaient confiants sur l’originalité de l’idée, l’engouement fut une réelle surprise.

Avec un objectif initial de 2000 téléchargements en une semaine, les chiffres ont, dans les faits, été multipliés par 100.

La stratégie de lancement n’était pourtant pas si approfondie. En effet, il a suffi d’envoyer un message de promotion type à quelques contacts d’une équipe de 20 bénévoles, créer un compte Instagram avec une ligne d’édito cohérente, et le tour était joué. Selon Gaspard, associé au pôle Communications, il n’a suffi que de cibler le bon public. En effet, de son côté, grâce à une communauté déjà sensibilisée et intéressée par les enjeux et actualités politiques, aucune campagne de relation presse n’a été nécessaire. « Chacun, par l’outil de repartage sur les réseaux sociaux, s’est fait ambassadeur de l’application. Les gens en parlaient en soirée, ‘screenaient’ leurs classements, et les partageaient sur leurs stories. Tout s’est fait naturellement et automatiquement ».

Ce sentiment d’excitation et de palpitations, François le ressent toujours au fond de lui. L’engouement médiatique, les critiques, les bugs, les accusations de non-neutralité… Que d’évènements qu’il ne pouvait réellement contrôler. C’est ainsi qu’un matin, une réunion urgente d’équipe s’est imposée.

« Un gros bug avait été identifié, et notamment relayé sur Tweeter par Jean-Luc Mélenchon. Lorsque deux candidats étaient à égalité, c’est l’ordre dans lequel ils avaient été rentrés dans le langage de code JavaScript, qui prédominait. Par conséquent, Emmanuel Macron avait tendance à sortir devant d’autres candidats comme Mélenchon. » Un accident prévisible, étant donné que la version de l’application était toujours en beta pour corriger les premiers bugs, mais pas moins conséquent pour le phénomène médiatique qu’est rapidement devenu le projet.

Sous le feu des critiques, il faut adopter la technique de l’autruche.

Fermer les yeux sur la vague de haine provenant d’une minorité, de groupes militants très puissants mais ignorants des vraies valeurs de l’équipe, et se concentrer sur les retours positifs et constructifs de la majorité ».

Pour ce qui est de l’avenir, l’équipe ne sait pas trop encore où se diriger après les présidentielles. Les idées fusent, d’une sensibilisation aux élections régionales et départementales, en allant même jusqu’aux européennes. Mais l’objectif principal est, avant tout, de s’assurer d’une réelle structure juridique.

Maintenant prêt à partir pour ses cours à HEC Montréal, François se donne quelques minutes pour répondre aux messages paniqués de son mentoré. Comment lancer son application, concrétiser son idée. « Je dirais que les trois choses les plus importantes à tenir en compte sont les suivantes. Ne pas craindre l’aspect technique du codage, car aujourd’hui, bon nombre de ressources sont facilement accessibles ; s’entourer de bonnes personnes, positives, ambitieuses, qui lorsqu’elles te seront complémentaires, te tireront vers le haut ; et enfin, savoir être confiant, satisfait, et surtout fier de son travail. »

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