Pour un été à Montréal
Portrait de l’édition 2012 du Festival TransAmériques de Montréal
Du 24 mai au 9 juin aura lieu à Montréal la 6e édition du Festival TransAmériques, où s’entremêlera danse et théâtre, beauté et désespoir, passion et indignation. Festival annuel de créations et de découvertes, cette année, le FTA présente 28 spectacles uniques. Afin d’explorer l’édition 2012 de ce festival contemporain, j’ai rencontré la Présidente du festival, Madame Falcon. Elle pense que « pour notre société, pour le public, le FTA représente certainement la possibilité d’avoir accès à ce qui se crée vraiment dans le monde du théâtre et de la danse aujourd’hui ».
Petit voyage à travers différents spectacles présentés cette année…
Alexis. Una tragedia greca
Enrico Casagrande + Daniela Nicolò – 3, 4 et 5 juin – fta.qc.ca
Madame Falcon me mentionne que « C’est toujours un festival sur des enjeux sociaux. Nous sommes en prise sur l’actualité, nous sommes très proches de ce qu’il se passe. » L’édition 2012 du FTA est inévitablement empreinte des événements économiques, politiques et sociaux récents, qui ont marqué le visage de nos sociétés actuelles. La compagnie italienne Motus a décidé d’y aller de façon très directe en abordant la situation épineuse de la Grèce. Ils ont été témoins des premières manifestations en Grèce au cours desquelles le jeune adolescent Alexis a été tué. Ils ont vu la beauté de l’indignation, mais sa barbarie aussi. De leur expérience, ils nous présentent la pièce Alexis. Una tragedia greca. On y retrouve des projections d’images d’Athènes et de manifestations. La compagnie Motus a exploré la situation immensément complexe de la Grèce de façon très frontale. Alors que leur pièce nous amène à la réflexion, les acteurs eux-mêmes se questionnent sur le personnage qu’ils interprètent sur scène. Une pièce avec de multiples niveaux de réflexion. « Eux ont traité la révolte très directement. C’est très beau comme spectacle. C’est très cru, mais très intéressant. » me confie Mme Falcon.
Seeds
Annabel Soutar + Chris Abraham – 7, 8 et 9 juin – fta.qc.ca
Toujours dans un esprit de réflexion et de critique, Annabelle Soutar présente au festival une pièce intitulée Seeds. Elle y aborde le procès intenté par Monsanto, la gigantesque compagnie de produits agricoles, contre un fermier de la Saskatchewan. Celui-ci s’étant retrouvé, pour des raisons inconnues, avec une culture dont il n’aurait pas acheté les graines. L’histoire a soulevé de nombreux débats. La pièce touche le sujet de l’emprise de Monsanto dans le domaine de l’agriculture, et par le fait même, la primauté générale des multinationales. C’est dans ce sens une critique de nos sociétés contemporaines. En parlant d’Annabelle Soutar, Madame Falcon mentionne que « son théâtre documentaire est toujours extrêmement fidèle aux faits ». En effet, le texte du spectacle Seeds représente essentiellement les paroles prononcées par une personne lors du déroulement du procès, qui perdure toujours d’ailleurs. Sur scène, paysans, relations publiques de Monsanto, avocats et journalistes se partagent la parole afin de démystifier cette histoire.
Sur le concept du visage du fils de Dieu
Romeo Castellucci – 31 mai et 1, 2, 3 juin – fta.qc.ca
Cette année, une des pièces les plus audacieuses et énigmatiques du FTA est l’œuvre intitulée Sur le concept du visage du fils de Dieu, créée par l’un des plus grands artistes contemporains, Romeo Castellucci. L’histoire est d’une grande simplicité, mais l’émotivité et l’atmosphère qui s’y dégagent sont d’une intensité frappante. Cette pièce met en scène un homme à la fin de sa vie ainsi que son fils. Le vieillard devenu incontinent se répand sur le canapé et dans une immense tendresse, son fils prend soin de lui. À une ère où la vieillesse est énormément stigmatisée, cette image est saisissante et porte son lot de réflexions. Par contre, Sur le concept du visage du fils de Dieu nous ébranle surtout parce que tout se passe devant une immense photo du christ Salvator Mundi, sauveur du monde. Alors que chacun se questionne, il y a toujours ce regard posé sur nous. À propos de cette pièce, Madame Falcon me confie que « ce n’est pas une critique du système de santé, ce n’est pas aussi prosaïque que ça, mais nous pouvons faire les liens que nous voulons. Par exemple, notre lien avec la vieillesse, avec la maladie ou avec l’impuissance. » Une pièce troublante, dont l’esprit demeure longtemps en nous.
(M)imosa
Cecilia Bengolea + François Chaignaud + Trajal Harrell + Marlene Monteiro Freitas – 25 et 26 mai – fta.qc.ca
Du côté de la danse, le festival présente le spectacle (M)imosa, œuvre portant sur la différence et le travestissement. Drôle et insolite, (M)imosa nous plonge au cœur du voguing. Danse née à Harlem durant les années 1960 au sein de la communauté homosexuelle, le voguing s’inspire des poses de mannequins et d’acteurs dans les magazines, d’où la référence à Vogue. Thème d’une actualité intemporelle, la différence rejoint la marginalité en chacun de nous, et l’insécurité qui y est souvent associée. Les danseurs sur scène incarnent Mimosa, homme autrefois très célèbre dans les cabarets. Ils nous éblouissent de leur talent et de leur excentricité. Œuvre sur le travestissement, sur le transgenre, (M)imosa, spectacle éclaté, incarne un univers haut en couleur et en créativité.
