» En imparfaite santé: la médicalisation de l’architecture / L'Intérêt

En imparfaite santé: la médicalisation de l’architecture

25
nov
2011

Alors qu’hier la santé était reléguée au second plan dans les débats d’actualité, éclipsée par d’autres thèmes bien plus pressants et matérialistes, elle est devenue aujourd’hui une priorité, voire une nécessité. Le Centre Canadien d’Architecture (CCA) montre par le biais de cette exposition, que même l’architecture n’échappe pas à cette obsession sanitaire. Urbanistes, architectes, designers, tous ont désormais pris conscience des nouveaux problèmes de santé posés par la ville du XXIème siècle. Accuser la ville et ses maux, se réfugier à la campagne, se couper du monde, pourquoi pas… Mais, cette exposition insiste sur le fait que bien que la ville avec ses voitures, sa pollution, soit la principale coupable, elle est aussi et surtout un vivier de solutions, de progrès et finalement, une source de bien-être.

L’une des nuisances les plus souvent reprochées à la ville est sans conteste sa pollution. Là encore, les urbanistes se sont occupés de résoudre ce problème. Les industries polluantes sont repoussées à l’extérieur des villes et l’espace inoccupé est souvent reconverti en espace vert comme cela a été fait à New York avec la High Line. Depuis le XIXème siècle et les premiers grands parcs (Central Park, le parc du Mont-Royal, Hyde Park à Londres), des arbres ont été plantés dans les villes afin de créer de véritables poumons verts au cœur des cités. Solution à double tranchant puisque le nombre d’allergies liées au pollen chez les citadins n’a pas cessé d’augmenter depuis…

Les parcs sont également une réponse de l’urbanisme à l’obésité. Bien qu’elle n’influe pas encore sur le contenu de nos assiettes, l’architecture a les moyens d’agir sur notre activité physique. Les voitures sont progressivement éliminées des centres villes en Europe, plus timidement en Amérique du Nord. Sans voiture, le citadin est contraint de marcher et de bouger davantage. Les architectes ont incorporé ce phénomène dans leur travail en construisant, lorsque c’est possible, des bâtiments plus plats afin d’accroitre les déplacements horizontaux. L’architecture n’agit jamais de manière indépendante, elle est souvent, au contraire, l’outil et le résultat de politiques publiques tant sur le plan sanitaire que social ou même culturel.

Même le design est de plus en plus soumis à ces impératifs de santé. Henry Dreyfuss, designer américain des années trente et quarante, a créé ses produits non pas en fonction de leur esthétique mais de leur ergonomie. Le but premier : le confort du corps avant même celui des yeux. À quoi servirait un fauteuil inconfortable? Développés sur des bases scientifiques, il a crée des outils pour mesurer le confort et l’ergonomie selon le poids et la taille de ses clients. La maison de demain imaginée par plusieurs designers d’intérieur sera entièrement plastifiée donc facilement lavable et hygiénique, l’air sera aseptisé grâce à un système de climatisation de sorte que chaque foyer sera indépendant de l’atmosphère extérieure.

Dans le milieu médical aussi, on a pensé que l’architecture pouvait être un instrument pour améliorer les conditions d’accueil et la guérison des patients. Les architectes ont abandonné certains paradigmes et les ont remplacés par d’autres modèles plus humains : finies les cathédrales de béton qui servent d’hôpitaux, finis les lieux tristes, impersonnels et angoissant. Les nouveaux lieux de santé devront être colorés, ouverts sur leur environnement et surtout de taille humaine.

Dans nos sociétés occidentales, le vieillissement de la population est l’un des problèmes sanitaires, en considérant qu’il en soit un, les plus préoccupants. Encore une fois, l’architecture n’est pas en reste. Depuis plus d’un demi-siècle, tout est fait pour que les séniors se sentent à leur aise en ville. Ascenseurs, escalators, portes automatiques, places réservées dans les transports en commun… sont autant de solutions mises en place pour aider les personnes âgées. Mais il existe encore une solution bien plus radicale… Conçue pour n’être qu’une petite bourgade paisible isolée dans le désert de l’Arizona, Sun City compte aujourd’hui près de 40 000 habitants, tous retraités puisque la présence d‘enfants n’est pas tolérée et qu’il n’existe pas d’école. Les maisons sont bien sûr composées d’un seul niveau pour éviter les escaliers et la ville est couverte de terrains de golf pour les papys en mal de sport. Certes, cette ville sur mesure répond totalement aux besoins de ces retraités, mais elle accentue aussi la ségrégation communautaire et repousse l’idéal d’une ville pour tous.

L’architecture, l’urbanisme et le design atténuent les problèmes sanitaires de notre société contemporaine : pollution, obésité, vieillissement…Ils adaptent la ville à ses habitants et à leur mode de vie, comme si les citadins ne voulaient en aucun cas  renoncer à leurs mauvaises habitudes. Continuons à utiliser nos voitures, mais diminuons la pollution, continuons à manger n’importe comment et n’importe quoi mais réduisons l’obésité… Finalement, l’exposition semble soulever une tout autre problématique : qui sont les véritables fautifs de ces problèmes, la ville ou ses habitants?





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