Ciné-campus : L’homme Irrationnel

Cette semaine, Ciné-campus nous a donné l’opportunité d’assister à Irrational Man (L’homme irrationnel), le dernier film de Woody Allen à peine sorti dans les salles sombres. L’Intérêt s’est déplacé pour vous donner son avis. N’oubliez pas de consulter le programme pour profiter de cette chance.

Abe Lucas, campé par l’immense Joaquin Phoenix, est une vedette. Professeur de philosophie reconnu pour ses positions controversées, il se promène une réputation de rockstar existentialiste qu’il abreuve à rasades de whisky pur malt. L’université de la petite ville américaine qui l’accueille se prépare à entamer la session d’été et les couloirs bruissent à l’évocation du philosophe. Jill, jeune fille (trop) bien sous tous rapports, ne croit pas son boyfriend quand il lui assure qu’elle ne résistera pas au charme de l’intellectuel décadent. La suite prouvera au désespoir de Ken que sa conviction n’était pas infondée…

Woody a rénové le cinéma dans sa façon de raconter une histoire, comme Orson Welles avant lui. Chez Allen, les personnages parlent. Beaucoup. Ils agissent également bien sûr, mais ces actions sont enveloppées par le tourment continu des mots. Deux trames (le dialogue et l’action) se déploient et le spectateur fait face à un choix. Soit il suit les protagonistes dans leurs inquiétudes et leurs raisonnements, soit il les regarde se rapprocher et s’éloigner, se menacer et s’aimer.

Sur le campus illuminé (il pleut 1 minute 30 sur 95), l’alternative tendue par Woody est pauvre. La trame verbale, basée sur la grande philosophie, semble vouloir écraser le spectateur tout en restant sagement dans les bornes de l’inutile. Écouter les digressions d’Abe le long des théories kantiennes et des angoisses à la Kierkegaard ne vous aidera pas à oublier la simplicité (pour ne pas dire le simplisme) du triangle amoureux dans lequel il se trouve. Car voilà la seconde faiblesse de ce film : la situation d’Abe n’a rien d’intéressant !

Voyez par vous-même : Abe, auréolé d’un charisme baroque, affole les élèves avant même d’avoir garé sa voiture. Il n’a pas le temps de finir sa première semaine qu’il a déjà ensorcelé la seule fille du campus qui ne voulait pas de lui tout en la trompant avec une professeure qui le supplie de s’enfuir avec elle en Europe. Imaginez l’ouragan s’il n’avait pas cette énorme bedaine efficacement mise en valeur par une garde-robe constituée exclusivement de pyjamas.

Le meurtre aurait pu troubler ses ingrédients médiocres pour en tirer le meilleur, mais non. Il ne se passe absolument rien jusqu’à ce que Barbie (pardon, Jill), mise sur la voie par sa nouvelle amie et accessoirement rivale Rita, ne découvre le pot aux roses. Après une séance de meuglements sauvée par la finesse de Joaquin Phoenix, on assiste à la lente décomposition d’une recette qui n’a jamais levé.

Pour les bons points, on peut citer la photographie claire et propre de Darius Khondji (Se7en, Amour…) ainsi que la subtilité de Phoenix qui crée de l’intrigue là où elle manque cruellement.

La semaine prochaine nous assisterons à Le Mirage, une comédie dramatique réalisée par Ricardo Trogi.

À tantôt !

Catégories: Art et vie culturelle

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