Ciné-Campus: Le Mirage

Le 13 et 14 octobre dernier, le ciné-campus nous présentait Le Mirage de Ricardo Trogi, le succès québécois incontesté de l’été 2015. Ce film raconte l’histoire de Patrick (Louis Morrissette), un homme à la fin de sa trentaine, propriétaire franchisé d’un magasin de sport. Il ne manque apparemment de rien; il a une belle maison (piscine, spa et cuisine à 45 000$), ses enfants ont le iPad dernier modèle et il se distrait en soupant dans des restaurants hors de prix avec sa conjointe Isabelle (Julie Perreault) et leur couple d’amis Michel et Roxanne (Patrice Robitaille et Christine Beaulieu). Cette apparence de bonheur se fissure vite lorsque l’on apprend qu’Isabelle est en épuisement professionnel, que la vie sentimentale et sexuelle du couple bat de l’aile et que Patrick est seul pour assumer toutes les dépenses alors qu’il peine à payer les fournisseurs de son magasin. Pour fuir cette réalité, il se referme sur lui-même en s’évadant dans la pornographie et ses fantasmes sur Roxanne.

Au cœur du Mirage se dresse l’idée que le bonheur passe avant tout par le regard des autres, dont l’origine serait la peur du jugement. Cela entraîne évidemment de gros problèmes de communication; personne n’est capable de se dire les vraies choses et de s’assumer, il faut à tout prix sauver les apparences. Pour démontrer comment l’individu réussit socialement, ce dernier consomme à outrance. S’annonçant au départ comme une comédie cynique, c’est au moment où Patrick pète les plombs devant la pression qu’il subit que le film bascule du côté du drame.

J’ai éprouvé une sorte de relation amour-haine envers le personnage principal, très justement interprété par Louis Morrissette. Malgré certains gestes moralement douteux que Patrick finit par commettre, j’ai éprouvé beaucoup de compassion pour lui. Néanmoins, le manque de communication entre lui et sa conjointe m’a frustré. Ses tentatives pour faire comprendre la précarité de leur situation financière sont trop subtiles pour réussir. Ces échecs appuient la thèse de l’œuvre : la pression sociale pour mener une vie parfaite fait en sorte qu’il est très difficile d’avouer ses échecs. L’histoire est narrée selon le point de vue de Patrick, mais j’ai trouvé Isabelle criante de vérité lorsqu’elle s’écrie : «Mais pourquoi tu ne m’en avais pas parlé avant? Tu ne me dis jamais rien!». Cette scène illustre la zone d’ombre qui sépare l’explicite (les apparences) de l’implicite (les sentiments), et le fossé qui s’est creusé au cœur du couple.

Le film, malgré ses parts d’ombre, lance un message d’espoir. Il se ferme d’ailleurs sur l’image de Patrick courant dans la nature, enfin en paix avec lui-même. Il est prêt à un nouveau départ, sans mirage cette fois.

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