Carabins rugby: Une défaite qui crie « victoire »

Il y a un mois, la saison de l’équipe masculine de rugby des Carabins s’achevait par une défaite 10-9 contre McGill au stade mémorial Percival-Molson, au terme d’une soirée qui reste pour beaucoup une blessure. Je reviens sur ce match et sur la saison avec Nicolas Monlouis-Bonnaire, Pierre Lalanne et Tanguy Dargent, trois étudiants fiers de porter les couleurs des Carabins.

Une bataille se prépare

Après avoir disposé des Gaiters de Bishop sur le pointage de 22-11 en demi-finale, les Carabins arrivent au stade Percival-Molson comme en terre inconnue. En effet, lors de leurs précédentes confrontations, McGill a toujours imposé leur terrain secondaire comme lieu de rencontre. Ce traitement, réservé à nos vaillants Carabins, laisse supposer l’estime que nous portent les dirigeants de l’équipe anglophone.
Installés dans les vestiaires, les Carabins se préparent lorsque l’entraîneur-chef, Alexandre Saint-Bonnet, ouvre la porte et choisit de mettre ses joueurs au courant : Paris est sous le feu des terroristes. La nouvelle résonne dans la salle, sonne les français et révolte le reste. Après les appels aux familles, une fois la panique initiale passée, les joueurs raccrochent et se regardent dans les yeux : « Ce match, on le gagne. ».
Les trente soldats arrivent sur la pelouse, électrisés par les discours des entraîneurs-chef et le brouhaha descendant des travées du stade. La pluie incessante ne refroidit pas les regards et les deux équipes se regroupent autour de leurs capitaines.
L’arbitre apporte le ballon ovale. Les Carabins se regardent les uns les autres : ils le reconnaissent. Ils se rappellent du jour où il était venu s’entretenir avec leur coach et où ils avaient pu lire McGill estampillé sur ses vêtements en grosses lettres, sponsorisé comme un coureur automobile. Sur le terrain, les braves Carabins ne sont pas surpris mais désabusés. Ils savent qu’il faudra désormais être plus que supérieurs pour espérer repartir avec la coupe.

Défier Goliath

Le match commence. Pour les connaisseurs du rugby académique québécois, la finale qui s’engage est une surprise. Personne, il y a quatre ans, aurait misé sur l’équipe qui venait d’être formée du côté d’Édouard-Montpetit. Tanguy, l’un des vétérans, veut témoigner du progrès exceptionnel des Carabins depuis les premiers entraînements dans des parcs municipaux jusqu’à la demi-finale remportée face aux redoutables Gaiters. « On est passé d’une saison à une victoire durant laquelle on se déplaçait pour prendre des fessées à une saison de champions qui nous voit dominer le championnat ». Les Carabins ne sont donc pas venus pour regarder l’herbe pousser, mais bien pour détrôner un roi qui impose une hégémonie presque indiscutée sur le tournoi depuis maintenant une décennie.
Cette volonté se traduit dans la physionomie du match. Si les Carabins sont les premiers à encaisser 3 points sur une pénalité à la 11ème minute, ils ne s’affolent toutefois pas et démontrent une solidité défensive qui est une surprise pour les spectateurs, habitués à applaudir les exploits des avants de l’UdeM. Il faut attendre les derniers instants de la première mi-temps pour les voir faire parler leur puissance, notamment grâce à l’homme providentiel de l’équipe, Pierre Constantin. Après une pénalité et un drop convertis, voilà les trente protagonistes de retour aux vestiaires. Au tableau, les Redmen accusent trois points de retard.

Le poids du monde

Au retour de la pause, les Rouges montrent une envie retrouvée ainsi qu’une précision plus qu’approximative. Après deux pénalités ratées, les Redmen assistent à la leçon de Constantin qui, lui, trouve les perches pour placer son équipe encore un peu plus haut. À 9-3, les guerriers en bleu et blanc se regroupent derrière et s’apprêtent à passer les vingt dernières minutes à repousser les assauts de McGill. De la 60ème à la 80ème, les vagues rouges déferlent et se heurtent au bloc bleu.
C’est à partir de la 80ème que le match prend un tour douteux. Le sifflet résonne une fois, pas deux : pénalité pour McGill. Le sifflet résonne encore : seconde pénalité, pour McGill. Au lieu de signaler la fin de la rencontre, l’arbitre – qui a entretemps cessé de parler au capitaine des Carabins – siffle pénalités sur pénalités pour les Redmen. Le temps s’allonge, les Rouges appuient de plus en plus sur la ligne azur qui ne respire plus. « À ce moment, on ne pense plus à rien. On ne se plaint pas, on ne parle pas, on baisse la tête et on se bat » m’explique Pierre.
Les minutes s’égrènent, les plaquages se multiplient, les coups de sifflet retentissent. Pour les Rouges, toujours pour les Rouges.
Les spectateurs commencent à comprendre : il suffit d’un essai converti. Il suffit d’une erreur, d’une inattention. Une erreur et c’est fini. Une erreur et le temps s’arrête.
Dans le camp bleu, la fatigue commence à engourdir les muscles constamment bandés, les jambes sont lourdes, les plaquages sont moins précis. Dans le dos, la ligne d’essai se rapproche sûrement. Les chants qui descendent des tribunes ne résonnent plus dans les oreilles rougies.
Dans le camp bleu on est seul, sous le poids du monde. La ligne ploie de plus en plus et l’acharnement solidaire des soldats azurs peine de plus en plus à compenser les failles. Le courage ne suffit plus.
On est à la 90ème minute de jeu, et ce qui devait arriver se produit. Un plaquage qui glisse et voilà le 8 qui transperce la ligne Bleue en son cœur. L’essai est transformé. Le sifflet hurle pour la dernière fois.

Les historiens du rugby académique québécois se souviendront que McGill a remporté l’édition 2015 du tournoi provincial.
Les Carabins

À ceux-là, je répondrai que jamais je n’ai entendu une défaite autant crier « victoire » que ce vendredi 13 au soir, sous une pluie battante…

 

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