La verte idée d’entrepreneurs montréalais pour 2011
Mohamed Hage, Kurt D. Lynn et Howard M. Resh sont entrepreneurs, avec un projet pas comme les autres…
Qu’est-ce que les fermes Lufa?
C’est une ferme sans pesticides, sans herbicides et sans OGM, située… sur les toits! En effet, nous désirions faire une agriculture plus respectueuse de l’environnement en plaçant la serre dans un espace totalement perdu et abandonné de tous : le toit des immeubles. Nous sommes les premiers à tenter cette aventure. Il existait déjà auparavant de petites serres utilisées à titre d’expérimentation sur les toits des universités, mais c’est la première fois qu’un tel procédé va se faire sur une surface de 32 000 pieds carrés. Nous cultiverons des tomates, des concombres, des poivrons, des laitues, des herbes, des aubergines et certains produits spécialisés. Nous sommes en train de faire des études marketing pour savoir ce que consomment les Montréalais et nous allons adapter notre production à la demande.
Nous utiliserons peu d’énergie car nous avons l’avantage de nous situer sur une zone de chaleur. Grâce à cela, nous réussirons à produire 10 fois plus qu’une ferme normale sans interruption durant toute l’année. Nous pourrons nourrir environ 2 000 personnes par an. Nous faisons de l’agriculture pour les « geeks ». En effet, la température, l’humidité, la luminosité, etc. seront contrôlés sur des écrans par des ordinateurs. L’ensemble des procédés de la serre sera piloté par des logiciels informatiques.
Quels sont vos objectifs et vos rêves? Rencontrez-vous des difficultés?
Notre objectif à terme est simple : nous voulons produire une agriculture « fresh, local & responsible ». Nous pensons qu’il ne devrait pas y avoir de conflit entre l’écologie et l’économie. Nous voulons montrer que nous sommes capables de tout faire en même temps. Notre rêve serait de faire partir ce projet en succès dès la première année : nous espérons 1 000 inscriptions sur notre site web (www.lufa.com) avant le lancement de l’exploitation de la serre, qui aura lieu début mars. Nous les avons presque atteints… Et nous voulons bien sûr reproduire le modèle d’ici les 12 prochains mois dans une serre encore plus grande.
Nos difficultés? Nous avons eu beaucoup de mal à trouver un bâtiment qui répondait à nos critères de solidité pour installer notre serre. Il ne devait pas dépasser 2 étages, devait avoir un grand toit et le propriétaire devait être d’accord pour nous le louer. L’autre défi majeur a été celui de la construction. Il est très difficile de faire travailler ensemble des architectes, des ouvriers et des législateurs… Cela requiert de vraies capacités en planification : des qualités de gestionnaires! Notre dernier défi sera de parvenir à cultiver des légumes qui nécessitent chacun des traitements en chaleur particuliers : en effet, les laitues ont besoin de moins de chaleur que les aubergines, il va donc nous falloir adapter l’aménagement de la serre en conséquence.
Comment pourrons-nous acheter vos produits?
Tout va se faire par Internet. Nous allons fonctionner grâce à un système de panier-fraîcheur. Nous livrerons directement les légumes que vous avez commandés en ligne dans des lieus proches de chez vous. Notamment, nous distribuerons directement à HEC! Chaque panier coûtera environ 20$ et contiendra le même poids en légumes qu’un panier acheté dans une épicerie. Si vous vous inscrivez sur le site internet avec votre adresse courriel de l’école, vous pourrez probablement bénéficier d’une réduction!
De plus, il y a de nombreux avantages à favoriser l’agriculture urbaine. Nous utiliserons l’eau de pluie, que nous recyclerons plusieurs fois afin de la faire repartir dans le processus. Le second gros avantage est l’absence de coûts de transport. En effet, tous nos clients sont situés près de la serre (ndlr : près du Marché central). Le seul transport que nous aurons sera celui qui livrera directement les produits aux clients.
En supprimant le transport, nos produits seront meilleurs pour la santé. Ils seront plus goûteux et plus nutritifs. Pourquoi? Car les compagnies agricoles ont sélectionné durant les 20 dernières années des produits aptes à résister aux transports et aux emballages, ce qui a détérioré leur goût et leurs qualités nutritives. Les tomates d’il y a 20 ans étaient meilleures que celles d’aujourd’hui : nous voulons leur rendre toute leur saveur.
Vous avez fait une entrevue pour le Wall Street Journal, pour le Devoir et désormais pour L’Intérêt : est-ce que le succès ne vous monte pas à la tête?
(Rires) Non, nous gardons les pieds bien sur Terre!

