L’audace du Québec : à nous de jouer
Finances publiques mal en point, productivité inférieure à celle des provinces voisines, vieillissement de la population, taux de décrochage scolaire élevé… Le Québec a du pain sur la planche, on l’aura compris. Face à ce constat, il est facile de rester dans la position confortable de celui qui blâme, se plaint, pointe du doigt. Celui qui, pourtant, ne vote pas, n’apprend de l’Université que ce qui lui donnera des crochets à son examen, demande plus de services mais fuit l’impôt, et désigne « les grandes entreprises » et « les politiciens corrompus » comme responsables de tous les maux de la société, ces boucs émissaires lointains qui sont un peu tout le monde et personne.
Non. Nous ne sommes pas de ceux-là. Apportons-nous des solutions parfaites sur un plateau d’argent? Non. Allons-nous pour autant nous déclarer vaincus et rester passifs face à l’ampleur des défis qui se présentent? Non plus. D’ailleurs, même si on le souhaitait, les conséquences amères du statu quo finiraient par nous obliger à passer à l’action.
La conférence L’Audace du Québec, organisée par L’Intérêt en collaboration avec le Réseau HEC, a constitué un appel à la mobilisation, tant par les sujets d’actualité qui y ont été abordés que par les différents points de vue qui y ont été présentés. Les idées ont fusé, suscitant des réactions parfois unanimes, parfois opposées. Une chose est sure : notre génération se doit d’être présente – dans les débats, dans les organismes communautaires, sur la scène politique…
Le premier intervenant, Mathieu Laberge, directeur de projet au Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations, a demandé « un changement de culture » orienté vers la responsabilité, l’équité ainsi qu’une culture de la fourmi (voir l’article de Maude Fréchette en page 07).
Sans remettre en question le bien-fondé des programmes sociaux variés dont disposent les Québécois, il a clairement souligné que ces programmes étaient faits pour une population ciblée qui a besoin d’aide. Ainsi, pour avoir un système équitable, chacun devrait payer selon ses moyens. « Il faut réviser les programmes gouvernementaux […] on connait le problème et les solutions, l’audace, c’est de les mettre en pratique ». Encore faudrait-il se mettre d’accord sur les solutions!
Pour Robert Gagné, directeur du Centre sur la productivité et la prospérité et professeur à l’Institut d’économie appliquée de HEC Montréal, aborder l’économie québécoise par le biais de l’État constitue une grossière erreur. Au contraire, l’État devrait intervenir le moins possible dans ce domaine. « L’État a tendance à faire l’amalgame entre son rôle d’assurer l’accès aux services et d’en être le promoteur en les donnant lui-même », a-t-il affirmé. En subventionnant à l’excès et en agissant comme un assureur pour les entreprises, l’État les empêche de prendre et d’assumer des risques sains, minant aussi bien leur capacité à innover que leur compétitivité.
Adepte du PIB par habitant comme mesure du niveau de vie, ardent défenseur de la consommation comme moteur de l’économie, M. Gagné a tenu un discours en nette opposition avec celui de Christian Yaccarini, président-directeur général du Technopôle Angus.
Peu intéressé par les débats idéologiques et les « approches comptables de la société » où les services doivent être au point mort, M. Yaccarini a fait ressortir l’importance de la collectivité : l’initiative individuelle, c’est bien, mais ça ne fait pas tout. Vouloir remettre entre les mains des entreprises tout ce qui donne du fil à retordre à l’État n’est que déplacer le problème : « on doit se mettre en collectivité à un moment donné », a-t-il déclaré. Il a invité à la recherche de nouvelles pistes pour se développer comme société et pas uniquement comme consommateurs.
On retiendra de la conférence que c’est maintenant que ça se passe. Les leaders qui ont le plus d’impact n’ont pas attendu d’avoir 30 ans et six diplômes pour prendre la parole. Allons-nous réformer le régime d’assurance-maladie? Augmenter les tarifs d’électricité? Rendre certaines autoroutes payantes?
La population réclame un contrôle plus serré des dépenses publiques et un plan pour réduire la dette. Ainsi, le 30 mars prochain, tous les regards seront rivés vers l’Assemblée Nationale du Québec alors que le ministre des Finances, Raymond Bachand, déposera un budget fort attendu.
Des choix controversés devront être faits. Déjà, plusieurs se sont immiscés dans le débat public pour appeler au leadership sur les thèmes de la relance économique, des changements de culture (frais de scolarité), de la révolution des vaches à lait québécoises. Le rendez-vous est lancé!
Le Québec a du pain sur la planche. Quand on a du pain sur la planche, ce n’est pas le moment de critiquer dans le vent. C’est le moment de proposer des idées, de travailler, de prendre sa place. Alors à nous de jouer.
