Pour la sortie de son nouveau livre, De l’intuition au projet d’entreprise, Claude Ananou, chargé de formation en management à HEC Montréal, nous expose une vision de l’entrepreneuriat qui se veut en totale rupture avec ce qui a été fait auparavant. Il y a en effet un paradoxe : depuis 40 ans personne n’a encore osé entreprendre de changements dans nos méthodes entrepreneuriales. Notre bon vieux plan d’affaires refuse d’évoluer. On s’accroche à un modèle qui est aujourd’hui dépassé, obsolète, dénué de sens. Claude Ananou nous propose du renouveau en la matière.
Le plan d’affaires est une affaire dépassée?
Avant le choc pétrolier des années 70, on était dans ce que l’on appelle aujourd’hui « Les Trente Glorieuses ». La demande excédait l’offre, les affaires étaient faciles. Mais dans les années 70, les entreprises naissantes devaient trouver un outil pour faire face à leurs difficultés. Une réponse à cela alors était « la planification stratégique », devenue par la suite le « plan d’affaires ». Mais ce que l’on appelle aujourd’hui un plan d’affaires est en fait souvent un plan de redressement, de développement, de restructuration, de marketing… il faut aujourd’hui redonner du sens à ce qui devrait être « un plan de démarrage d’entreprise ». Or, depuis les années 80, le plan d’affaires n’a pas évolué. On ne produit plus comme il y a 40 ans; le marketing, la finance, la comptabilité, tout a changé sauf… notre plan d’affaires!
Quelle est l’alternative au plan d’affaires?
Il faut bien distinguer le fait d’« élever un enfant » et de « faire un enfant ». Faire un enfant c’est de l’entrepreneuriat; l’élever c’est de la gestion. On ne peut pas planifier comment on va élever son enfant pendant toutes ses années d’enfance et d’adolescence, l’avenir est bien trop incertain pour cela! Les choses doivent se faire pas à pas. Il faut revenir aux bases, et toute grande chose commence par une petite opportunité. Cette opportunité, il faut savoir la faire mûrir, la faire grandir comme on s’occuperait d’une plante. Je propose une tout autre démarche qui est le dossier d’opportunité.
Avons-nous tous le potentiel d’entreprendre?
L’homme des cavernes était un entrepreneur, c’est ce qui nous distingue des animaux. Nous avons tous la graine de l’entrepreneuriat, mais il n’y a pas de modèle type. C’est une aberration de faire passer des tests aux étudiants pour savoir s’ils ont les aptitudes ou les capacités d’entreprendre. Nous sommes tous des petites plantes en devenir, mais certains sont des pissenlits et d’autres sont des orchidées.
Que pourrait-on faire de plus ou de mieux à HEC Montréal pour enseigner l’entrepreneuriat?
Ce que j’aimerais beaucoup, c’est que l’on conserve la structure du programme, mais que l’on en modifie la forme. Il faudrait reprendre le concept de la cohorte trilingue en créant une « cohorte entrepreneur » qui débuterait dès le début du programme par des cours axés sur l’action, la création, le concret. Ce que j’ai aussi proposé, c’est une alternative au cours obligatoire de 3e année qu’est le cours de management stratégique. Il faudrait que l’étudiant puisse choisir de suivre un cours baptisé Esprit d’entreprendre. Ce serait un cours synthèse parce que l’on a besoin de tout pour entreprendre : marketing, finance, comptabilité, management… L’esprit d’entreprendre, c’est aussi faire prendre conscience aux étudiants de leur capacité à travailler collectivement pour des projets concrets!
Des lacunes dans l’enseignement de HEC?
À peine 2,5% des étudiants choisissent le profil entrepreneur à HEC Montréal. On est devenu une école de gestionnaires et non d’entrepreneurs; or l’esprit d’entreprendre est indispensable dans la carrière d’un gestionnaire. L’UQAM et Concordia l’ont compris bien avant nous, ce serait une erreur de ne pas valoriser le profil entrepreneur!
Un conseil pour nos jeunes entrepreneurs? Une mise en garde?
Vous êtes jeunes, vous êtes maitre de votre temps, c’est la plus grande des richesses, c’est un luxe à exploiter, alors lancez-vous! Lancez-vous… mais lancez-vous à votre portée! On peut être très ambitieux, mais il faut laisser le temps au temps! Mark Zuckerberg ne pensait surement pas être là où il en est aujourd’hui lorsqu’il a lancé Facebook. C’était un tout petit projet entre étudiants avant de prendre de l’ampleur avec le temps…

